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"J’étais un étranger et vous m’avez accueilli" (Mt 25,35)

Frères et sœurs, la Bible propose Rahab comme figure de l’accueil de l’étranger. C’est une prostituée et, pour les juifs, elle est, elle-même, une étrangère. Elle vit à Jéricho, pense-t-on, vers 1250 avant le Christ. À l’époque, le Peuple d’Israël veut entrer dans la Terre Promise. Il doit passer par Jéricho. Mais il a peur de l’hostilité de ses habitants. Josué, le chef d’Israël, envoie des espions à Jéricho pour reconnaître le terrain. Rahab reçut ces espions ennemis, les hébergea, les protégea et leur sauva la vie.

Les envoyés de Josué venaient à Jéricho avec la certitude que le pays appartenait à Dieu, et que Dieu voulait le donner à son Peuple, Israël. Les étrangers venant en France ne sont pas effleurés par la pensée que notre pays leur appartient. Mais ils pensent, sans doute, comme Rahab l’affirme, que Dieu est aussi bien « là-haut dans les cieux que sur terre ici-bas. »… Ils viennent avec confiance, et leur confiance s’appuie sur le sentiment d’une fraternité universelle fondée en Dieu : la terre appartient à Dieu et, donc, elle doit servir à l’humanité tout entière. Ils semblent nous dire : vous êtes Français, vous êtes chez vous en France, vous avez la France à gérer, mais vous n’en n’êtes pas des propriétaires exclusifs… car vous êtes aussi nos frères.

Les étrangers qui viennent chez nous peuvent être des entrepreneurs, des sportifs, des savants, des techniciens. Mais ce sont majoritairement des pauvres. Il existe des milliards d’habitants de notre planète qui vivent avec moins d’un euro par jour, qui sont victimes de l’injustice et de la terreur.

Ces pauvres viennent bousculer notre confort moral. Ils sont les signes vivants d’un désordre mondial. Ils nous disent : « Notre problème est votre problème. Nous vivons sur la même terre. Nous faisons partie de la même humanité que vous. Notre pauvreté manifeste le déséquilibre de la société mondiale, notre société, votre société. Vous ne pouvez pas avoir bonne conscience en nous regardant à la télévision et vous exclamant : “Mon Dieu, les pauvres gens !” ».

Quoi que nous en pensions, nous sommes les riches de ce monde.

Saint Jacques, dans son épître, fustigeait déjà les riches. « Si un frère ou une sœur sont nus, s’ils manquent de leur nourriture quotidienne et que l’un d’entre vous leur dise : “Allez en paix, chauffez-vous, rassasiez-vous”, sans leur donner ce qui est nécessaire à leur corps, à quoi cela sert-il ? »... « Et bien maintenant, les riches, pleurez, hurlez sur les malheurs qui vont vous arriver. Votre richesse est pourrie… Voyez, le salaire dont vous avez frustré les ouvriers, crie !... » (cf. Jc 2, 14-17 ; 5, 1-6).

Beaucoup des étrangers, venus ici, nous font parvenir ce cri du monde.

Rahab accueille donc les étrangers. Inconditionnellement. Nulle part, le texte du Livre de Josué ne permet de penser qu’elle a négocié l’hospitalité qu’elle donnait. Et ce silence est capital : il est de la nature de l’hospitalité d’être inconditionnelle.

Car, à vrai dire, l’hospitalité n’a pas à se justifier. Elle est expression de la foi. Comme la foi, comme l’amour, elle est première. Elle est. Elle précède tous les arguments.

Mais, pour autant, elle n’est pas déraisonnable.

Je suis frappé de cela quand je rencontre des militants de bien des associations – chrétiennes ou non – qui se mettent au service des migrants de fraîche date, des Roms et des sans-papiers. Leur engagement semble être, pour eux, le fruit d’une évidence.

Devant le visage de l’autre, et surtout celui des enfants, ils se sentent comme obligés de dire : « Me voici ». C’est dans un deuxième temps qu’ils cherchent à vivre cet élan de manière raisonnable. Je suis certain que chacun de nous a été, à un moment de sa vie, plus généreux qu’il ne le pensait. Un regard, un visage, une rencontre, ont libéré un élan que nous ne nous connaissions pas. Certaines rencontres font jaillir des forces, une joie insoupçonnées. Elles nous sortent de la fatigue d’être enfermés sur nous-mêmes.

L’étranger s’adresse, sans le savoir, à la partie la plus noble de notre cœur. Il sollicite un trésor souvent ignoré qui est la trace, en chacun, du Créateur. Nous sommes fabriqués, créés à l’image de Dieu, pour recevoir et donner. En Dieu les personnes de la Trinité ne sont qu’accueil et don, pures relations. C’est cette ressemblance naturelle qui permet de rencontrer le Christ, lui qui pourrait, à certains égards, être considéré comme l’étranger par excellence.

La foi est aussi inconditionnelle que l’hospitalité. Elle est don de Celui que l’on accueille… c’est sans doute pour cela que Jésus Ressuscité –lui que pas un disciple ne reconnaît spontanément après sa Résurrection- se présente comme un étranger : « J’étais un étranger, et vous m’avez accueilli. » (Mt 25, 35).

Et la foi en Jésus invite à accueillir le petit, l’opprimé, l’étranger comme si l’on accueillait Jésus : « Qui accueille en mon nom ce petit m’accueille moi-même, et qui m’accueille, accueille Celui qui m’a envoyé. » (Mc 9, 48).

Rahab accueille sans condition, mais non sans dialogue.

Elle sait, comme nous savons tous, les risques liés à l’accueil des étrangers. Nous pouvons analyser ou fantasmer sur les risques de l’accueil. Nous parlons, alors, de difficultés d’intégration dans notre culture et nos modes de vie, mais aussi d’invasion, de prostitution, d’instrumentalisation, de pillage de nos services sociaux, de perversion de nos institutions.

Il est vrai que toute rencontre, personnelle ou collective, se fait au risque du mensonge, de la violence et de la trahison. C’est ainsi.

Rahab a de vraies raisons de s’inquiéter. Et, d’ailleurs, le livre de Josué fait comprendre qu’elle a peur. Elle vit en temps de guerre et accueille non seulement des étrangers, mais des ennemis. Elle sait qu’elle risque sa vie face aux autorités actuelles et futures de sa ville. De plus, elle se sent responsable de sa famille et de ses proches. Nous sommes loin d’être dans sa situation : beaucoup des étrangers qui viennent chez nous sont francophones et la plupart francophiles… mais, pour autant, le sens de la responsabilité de Rahab vis-à-vis des siens nous provoque.

Que fait-elle ? Elle ne minimalise pas les risques. Au contraire. Elle assume ! Et c’est pourquoi elle propose une alliance, un pacte de confiance avec les étrangers. « Je vous ai traités avec bonté, à votre tour, traitez avec bonté la maison de mon père. ». Elle parle, elle dialogue, elle commence à faire « société » avec ceux qu’elle pourrait considérer comme des ennemis, et elle leur confie la sauvegarde de ce qu’elle a de plus cher. D’une certaine manière, elle leur reconnaît des droits, mais elle leur propose des devoirs !

Rahab est une femme, une femme prostituée, sans doute largement mise au ban de la société de son époque. Encore une fois, c’est une étrangère.

Et pourtant, elle est une figure pour les juifs, pour les chrétiens et, je crois, pour tous les peuples.

Son histoire peut sembler irréaliste, tant notre société a l’habitude de penser que tout homme est un loup pour l’homme, qu’il faut s’en méfier ou bien l’acheter… et qu’il n’y a pas d’autres solutions que le rapport de force pour établir la paix. Rahab, elle, pense que la rivalité n’est pas la seule posture possible et que l’entente et l’association sont capables de protéger la vie. Elle ouvre la voie à une éthique de la confiance qui a besoin de respect, d’explication, de connaissance mutuelle et d’amitié. Elle ouvre une voie qui peut être considérée comme la voie de l’avenir, celle d’un humanisme fraternel qui compte sur l’homme, sur le cœur de l’homme, et non d’abord sur la force, la technique ou le droit.

L’auteur de la lettre aux Hébreux – cette lettre que nous trouvons, dans le Nouveau Testament, après les lettres de saint Paul – s’adresse à des chrétiens généreux, certes, mais qui ont peur au point d’avoir les « jambes flageolantes » devant la crise et les persécutions qui semblent se profiler. Toute son exhortation est une invitation à la confiance, à la foi. Pour lui, le Christ a sauvé l’humanité en lui donnant les moyens d’entrer dans l’intimité avec Dieu. Son sacrifice – son oui à Dieu sur la Croix- donne au monde – une fois pour toutes – la capacité de réussir l’Alliance avec son Créateur.

Sa confiance sauve le monde.

Dans la tourmente où sont les chrétiens de son époque, l’auteur de l’épître donne Rahab en exemple : « Par sa confiance, Rahab la prostituée ne périt pas avec les incrédules parce qu’elle avait accueilli pacifiquement les éclaireurs. » (He 11, 31), et d’ajouter : « Que demeure l’amour fraternel. N’oubliez pas l’hospitalité car, grâce à elle, certains, sans le savoir, ont accueilli des anges. Souvenez-vous des prisonniers comme si vous étiez emprisonné avec eux, de ceux qui sont maltraités comme étant vous-mêmes aussi dans un corps. » (He 13, 41).

Pour le prédicateur de l’Épître aux Hébreux, Dieu nous aime parce qu’il nous aime. Dieu aime parce qu’il est amour. Le don est gratuit. Il ne se mérite pas. Mais il convient d’en être reconnaissant. Notre prédicateur appelle à remercier Dieu en priant – il parle de sacrifice de louange –, mais aussi en imitant la gratuité de Dieu – il dit alors qu’il faut le glorifier par des sacrifices de miséricorde-. Aimer Dieu consiste à lui parler et à essayer de vivre dans les dispositions mêmes avec lesquelles le Christ a vécu.

Frères etsœurs, de quoi avons-nous peur en accueillant les étrangers ? La question mérite d’être posée et analysée. Des difficultés peuvent exister. Il serait vain de les nier. Et il est même bon de les étudier et d’y faire face. En ce domaine, les politiques ont un rôle essentiel et doivent être soutenus par l’opinion publique.
Jean-Paul II, et les évêques de France avec lui, a souvent souligné la responsabilité des autorités « d’exercer un contrôle sur les flux migratoires en fonction des exigences du bien commun. » (L’Église en Europe, 2003, page 101). Et le bien commun s’appuie sur le respect des personnes. De tous et de chacun.

Quoi qu’il en soit, pour nous chrétiens, dans l’analyse de la situation actuelle des étrangers, la peur ne devrait pas avoir de place !

Il convient d’avancer avec confiance.

Il est probable que l’étranger nous provoque. Il rappelle que nous ne devons pas nous installer dans ce monde car nous sommes de passage sur la terre et que nous marchons vers un autre monde. Or, cet autre monde rassemblera tous les étrangers de la terre.

Nous reconnaissons comme premier des croyants Abraham, et comme premier acte de foi sa réponse à l’injonction de Dieu : « Quitte ton pays, tes parents et la maison de ton père, pour le pays que je t’indiquerai. » (Gn 12, 1). Abraham est un modèle de foi, parce qu’il part avec confiance vers un avenir qu’il ne connaît pas, vers un pays qu’il ignore.

Nous aussi, nous sommes invités à oser penser que notre véritable patrie n’est pas celle que nous habitons actuellement : nous sommes en route vers la Terre Promise, que nous appelons quelquefois le Paradis ou la vie éternelle.
Nous savons que le Christ y rassemblera tout l’univers. Notre véritable patrie est la fraternité universelle. Pierre, dans son épître, n’hésite pas à s’adresser au chrétien en lui disant : « N’es-tu pas, toi aussi, sur cette terre, un étranger, un voyageur ? » (1 P 2, 11).

En attendant, nous vivons dans l’histoire, au cœur d’organisations, d’institutions, de cultures, de conflits : bref, nous ne sommes pas encore au Paradis. Le Christ lui-même a vécu dans l’histoire et, puisqu’il demeure homme, il garde pour l’éternité sa propre culture, ses blessures, son langage. C’est ce que nous affirmons lorsque nous proclamons la résurrection de l’homme qu’il fut sur terre. Toutes les civilisations meurent, mais, cependant, demeurent, dans le meilleur d’elles-mêmes, par la résurrection de ceux qui les auront vécues. Tenir à notre culture, l’aimer, ne l’empêchera pas de mourir. Si c’est cela qui nous fait peur, il n’y a pas d’autre solution pour la sauver que la sainteté, c’est-à-dire la capacité à vivre l’amitié au cœur de notre société telle qu’elle est. Ce qui demeure, c’est la relation : soyons clairs : notre culture est née de multiples apports « étrangers ». Sans cesse, parce que, légitimement, nous l’aimons, nous voulons en garder ce qu’elle a de meilleur. Mais ce qu’elle a de meilleur, c’est justement sa capacité d’accueil, sa capacité de donner sens au monde tel qu’il est.

« Vous le voyez, dit saint Jacques dans sa lettre, c’est par les œuvres que l’homme est justifié, et non par la foi seule. De même Rahab, la prostituée, n’est-ce pas par les œuvres qu’elle fut justifiée quand elle reçut les messagers et les fit partir par un autre chemin ? Comme le corps sans l’âme est mort, de même la foi sans les œuvres est-elle morte. » (Ja 2, 24).

C’est la confiance qui sauve et qui donne la vie.
Mais cette confiance doit se manifester concrètement.
L’étranger nous demande l’hospitalité et, lorsque nous la lui accordons, il nous ouvre l’éternité. La vie.

Michel DUBOST, évêque d’Evry


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