S'informer

_____________


Lettre d'information


Ethique
» Paroles de philosophes
» Paroles de théologien
» Message de Justice & Paix
» Paroles d'église
» Message d'évêques
» Paroles de prêtre
» Conférence de carême

Politique
» Discours du président
Économie
» Immigration, trésor oculte
» Immigration dans l'UE
» Immigration pour l'UE

Ouvrages et dossiers
» Enquête journal LA CROIX
» Cette France-là
» Enzo Bianchi
» Immigrants
» État des lieux 2012
» Causes communes 72
» L'invention de l'immigré
» Vivre ensemble
» Atlas des migrations
» Rapport INSEE
» Un imam en colère
» Le Mythe de l’islamisation 

Expertise
   Les experts
» Catherine DE WENDEN

» François HÉRAN
» Gérard NOIRIEL
» Lionel RAGOT
» Maryse TRIPIER
» Patrick WEIL
» Intervenants aux SSF
» François GEMENNE

   Rapports d'experts
» Rapport du CERAS
  • Synthèse
  • Contenu
» Rapport du HCI

» Publication de l'INED
» Rapport du CRID
  • Synthèse
  • Document
» Lettre du CEPII
» Conférences des SSF
  • 85e session
  • Conclusion
  • Session 1997
» Rapport OCDE
» Chiffres et émigration

Qu'as-tu fait de ton frère musulman ?
» Roucou Christophe
» Relations avec l'Islam
» Peur de l'Islam
» Religion musulmane
» Sondage sur l'Islam
» Message du Pape François
» Islamophobie
» Le prêtre et l'imam
» Malek Chebel
» Tareq Oubrou


Qu'as-tu fait de ton frère roms ?
» Amnesty international
» CNDH Romeurope
  • Composition
  • Historique
  • Textes européens
  • Guide
  • Rapport
» Secours catholique
  • Intégration
  • Pas d'amélioration
» Romonfaitquoi
  • Présentation
  • Propositions
» Église catholique

Fantasmes, mensonges et manipulations
» Mensonges et fantasmes du FN
» Fantasmes et manipulations
» Immigration et délinquance
» Mythe de l'Islamisation

Carton rouge
» Étrangers malades
» Enfermement enfants
» Fabrique d'une idée fausse
» Témoignages en préfecture
» Enfants des campements
» Famille en rétention
» Plus de devoirs, moins de droits
» Rapport rétention 2011
» La France et l'étranger


Coups de
» CEDH
» Site sur les migrations
» À la rencontre du frère
» Les cercles de silence
» Capitaine au secours de migrants
» Femmes musulmanes de la LICRA


INTERROGATIONS ET TÉMOIGNAGE D’UNE INTELLECTUELLE ALGÉRIENNE, MUSULMANE ET ÉCRIVAIN
KARIMA BERGER

Nous présentons deux ouvrages biographiques de cet auteur musulman à la recherche d’un véritable dialogue avec les autres religions ; un témoignage passionnant et bouleversant.

ÉCLATS D’ISLAM, chroniques d’un itinéraire spirituel/Albin Michel 2009

UN EXIL VIVANT

« Quelque chose en moi est attaqué de toute part ; mon Islam, ma culture, mon peuple, mes racines, les arabes, mon identité ?

Je suis née musulmane, mais qu’est ce que cela veut dire ? Qui suis-je, de quel Islam suis-je le sujet ? À ces questions s’ajoute le regard interrogateur des autres : « Êtes-vous pour ou contre le voile, êtes-vous pour ou contre la liberté d’expression ? ».

Je ne suis la militante d’aucune cause ; je veux poursuivre cette aventure de l’exil, un exil qui m’a été transmis depuis plusieurs générations.

Le premier à introduire la langue française dans le sérail fut mon grand père ; son père qui avait été accusé et trahi auprès des juges par un interprète lui imposa d’apprendre l’idiome des maîtres pour laver l’offense ; il fut ensuite un des premiers interprètes judiciaires algériens ; c’est ma filiation, mon trésor.

ALLIÉS OBJECTIFS

Imaginez un court instant : vous êtes musulman, l’islam a bercé votre enfance, vous n’êtes pas spécialement pieux, vous faites partie d’une majorité silencieuse et plusieurs fois par jour, vous entendez l’écho d’une bataille déclenchée par deux camps qui jouent le spectacle de la guerre, alliés objectifs, d’un coté ceux qui s’arrogent le monopole de l’interprétation, de l’autre les adeptes du choc des civilisations, ces provocateurs qui feignent de croire que les premiers sont les seuls vrais lieutenants de la religion musulmane et perçoivent celle-ci à l’aune de leur propre obscurantisme ; du même coup ils leur accordent un crédit et une légitimité inespérés.

Continuez d’imaginer ce que peut être le résultat : c’est dans le meilleur des cas la colère, au pire la violence, la révolte, l’exaspération.

Les deux camps monopolisent la scène ; ils déterminent le prisme à travers duquel l’islam est perçu.

EN MOI OU EN NOUS ?

Je suis contrainte de me poser le problème de ma propre islamité ; il y a les musulmans, l’islam et moi et j’aimerai ne pas tout mélanger ; mais tout pousse à l’amalgame, au brouillage ; les instincts de survie dans ces cas là sont redoutables : défendre son groupe, sa communauté d’origine, coute que coute ; resurgit en moi le reflexe de la réaction identitaire.

Mon sentiment de Dieu, je voulais le nourrir du Coran, non pas parce qu’il était le livre des arabes et que j’étais arabe ; je voulais le nourrir de mon livre du Coran parce que j’y suis née et que ces versets ont le goût frais de mon berceau.

Je veux emprunter une route qui veut oublier les grondements, les orages en renouant avec mon intériorité la plus profonde, cette interpellation de ce qu’est l’Islam pour moi ; c’est le sujet de ce livre.

FÉCONDITÉ DE L’ENTRE DEUX

Cette affaire de communauté fut une de mes premières préoccupations ; mais la question de l’Autre, de l’étranger, est présente de façon ininterrompue dans ma vie ; j’ai un nom qui porte l’étrangeté en soi ; on m’a reproché de vouloir dissimuler mon identité.

Ce livre est un journal construit dans une sorte d’aller retour entre le dehors et le dedans de mon intimité ; c’est ma voix, celle d’une femme qui vient d’Algérie et dont l’enfance coloniale a été nourrie par une culture double.

C’est ma présence à la communion solennelle de mon amie d’enfance à la cathédrale d’Alger qui m’éveilla à une question qui devint ensuite lancinante : pourquoi pas le même Dieu ? Mais ma grand mère, ce monument qui détenait à elle seule tout le savoir du monde me dit un jour : « seuls les musulmans iront au paradis » : cette éviction, irrévocable, provoqua chez moi la naissance d’une curiosité toujours vive pour ceux auxquels le paradis était interdit.

Cette initiation fut sans doute déterminante pour mon éducation spirituelle, délibérément ouverte sur la foi de l’autre ; je parvins à formuler dans mon premier livre ‘l’enfant des deux mondes’ cette question d’une prière à deux voix en unissant les versets de la première sourate du Coran et ceux du Notre Père.

Je suis arabe et française, orientale et occidentale, musulmane et laïque, femme et écrivain ; ces sources qui m’animent et m’inventent chaque jour, je veux les faire travailler ensemble.

UN RAPPEL ?

Le pourfendeur de l’horreur islamique ou le pamphlétaire glosent sur l’Islam, sa violence, sa férocité, son rigorisme, ce bruit parait incessant, tellement persistant que je me demande si ce n’est pas en réalité une façon détournée de parler de Dieu.

Et si l’Islam, cette religion qui fait souvent intrusion dans l’ordre européen et français faisait peur ou simplement dérangeait parce que l’Islam rappelle l’ordre antérieur et les religions précédentes, parce qu’il rappelle la France à son histoire religieuse.

Pourquoi cette peur présente aussi chez les musulmans ? Parce que sous nos yeux, en terre d’Islam, s’opérerait aussi ce mouvement inéluctable de sécularisation ?

LE ZABOUR DU ROI DAOUD (les psaumes de David)

Je lis les psaumes le matin ; leur lecture me désaltère ; il me semble que nous , musulmans, avons oublié nos sources ; pour Ibn Arabi, le maître andalou de la mystique musulmane, ces psaumes sont un des quatre fleuves du Paradis que cite le Coran ; ils correspondent aux quatre livres :à chacun de ces livres correspond une science spirituelle qui lui est propre.

A la Torah et Moïse, l’eau et la science de la vie, au Psautier et à David, le vin et la science des états spirituels, à l’Evangile et à Jésus, le miel et la science de la révélation, au Coran et à Mohammed le lait et la science des secrets. L’islam a besoin de ses origines, seul, il n’a aucun sens.

L’ORIENT

Je ne suis pas une véritable orientale, j’ai la nostalgie de l’Orient.

parler, raconter en faisant de la fiction une condition de survie, résister à la tyrannie par la seule force de la parole ; dans les « mille et une nuit » SCHEHERAZADE prend la parole ; elle est une figure plus que subversive ; je tacherai de me souvenir de cette leçon.

Confusions, violences et ruines ont envahi l’imaginaire occidental au sujet de l’orient musulman et de sa culture ; pourquoi l’Orient n’est-il plus l’Orient ? Pourquoi ne fait-il plus rêver personne ? Il fait cauchemarder les occidentaux ; pourquoi ces pays ne décollent -ils pas vraiment ?

Le temps n’est il pas venu pour nous collectivement de formuler une alternative authentiquement arabe face au naufrage qui est sur le point d’engloutir notre monde ?

ÉNIGME DE L’ARRIVÉE

Septembre, le mois de mon arrivée en France, il ya plus de trente ans maintenant ; il me semble avoir eu au moins deux vies ; l’une celle d’avant soumise aux conditions familiales, culturelles, historiques ; l’autre celle d’après voit naître un JE.

Je n’ai pas quitté mon pays, ma famille mes amis pour me fondre sagement dans le moule de la normalité du travail, du mariage ; je me suis engagée, j’ai orienté ma vie dans une trajectoire d’affirmation et de liberté ; car j’ai senti le vent du boulet ; je pouvais rester en France mais devenir naine de ne pas grandir pour garantir le lien qui me rattachait à mon groupe de référence.

ARRIÈRE PAYS

Mon ambition exigeait de me détacher d’une culture familiale et de la religion du baton, de l’interdit incarné par un Dieu fouettard et sévère ; et découvrir ce qui me fondait passait selon moi par une lecture du fait religieux dans mon pays et dans l’ère culturelle à laquelle il appartenait ; mon pays était envahi par une vague naissante d’islamisme radical ; ma mère ne lisait pas le Coran, pour ma part je préférais aller droit au texte ; je m’autorisai cette liberté inouie de s’acheter mon propre livre et la liberté de le découvrir moi toute seule ; mon père monopolisait les livres de sa bibliothèque, lui seul avait le droit d’y toucher, de les lire ; ce livre était mien, il s’adressait aussi à moi ; c’est ainsi que tout a commencé.

INCOMPRÉHENSIONS OU IGNORANCES ?

D’où vient cette image de dictature que perçoivent les occidentaux dans la religion musulmane ? Je me prends à rêver d’une meilleure connaissance de l’ISLAM : le statut de la langue par exemple ; sait-on pourquoi la langue arabe dans le monde l’islam est l’objet d’un culte si puissant ? Sait-on que le texte qui fonde cette culture fonde dans le même temps la langue et ses diverses expressions culturelles, ; le Coran, texte idéal, parce que écrit en une langue divine, absolue, cumule pour le musulman à la fois le sentiment du sacré et l’émotion esthétique.

Le Coran sera considéré comme indépassable ; la langue arabe est dès lors sacrée, ce dogme va s’étendre à l’ensemble de la création artistique : l’expression musulmane s’enracinera dans la lettre et ses multiples développements que sont l’arabesque, la miniature, la poésie, la calligraphie ; le secret réside non pas dans la tentative de reproduire l’œuvre divine mais dans le fait de la révéler.

L’ÈRE DU SOUPCON

Désormais c’est la logique du soupçon qui l’emporte, l’Islam accusé doit se défendre, il est sommé de prouver sa modération ; la rumeur s’affirme de plus en plus que l’Islam serait structurellement violent.

Bêtise haineuse de Robert Redeker, de Michel Onfray : ils sont libres de caricaturer mais ignorer les effets de leur discours, c’est de l’irresponsabilité ; aidés par les médias prédateurs, il s’agit de construire l’ennemi, de le barbariser ; Michel Onfray : « la vision du monde de l’islam n’est pas bien éloignée de celle d’HITLER ». L’Islam contredit tout ce que la philosophie des Lumières a obtenu depuis le 18 ème siècle en Europe ».

C’est l’Islam tout en bloc qui est accusé, or l’ISLAM c’est plus d’un milliard d’individus, des dizaines de pays, des langues, des civilisations et des cultures différents.

SÉCHERESSE

Des cohortes d’étudiants choisissent la technologie ; mais c‘est de culture qu’ils manquent : quand je pense culture, j’ai un goût de cendres dans la bouche ; la culture d’Islam est en ruine ; il faut tout réinventer ; ce pourrait être un point de jonction possible entre la culture d’Islam et la culture européenne ; toutes deux en ruine ; la défaite du sens, la destruction des signes et des violences qu’elle engendre pourraient de nouveau nous faire dialoguer.

RÉVEIL DE LA DOULEUR

Pourquoi se réveille-t-on quatorze siècles après la naissance de la religion musulmane pour se rendre compte qu’elle serait violente ? La civilisation occidentale n’est elle pas aussi structurellement violente ?

Comment résister au piège de l’identification ? Car ce n’est pas seulement l’image des musulmans qui provoque ma colère, mais la mienne ; suis-je donc le produit d’un monstre ?

Ce ne sont pas les chrétiens que les peuples ont combattus mais les colons ; ils se sont battus contre l’injustice coloniale ; leur combat n’a pas été mené au nom d’une revendication islamiste mais politique,

BROUILLAGE

Malgré les écrits de St Paul, la religion catholique n’est pas considérée comme structurellement misogyne ; dire que l’Islam est structurellement misogyne cela voudrait signifier la mort d’une religion : on ne peut rien faire, l’Islam ne peut évoluer, le mal est dans les gênes même du texte ; Germaine Tillon a démontré combien les crimes d’honneur contre les femmes au Maghreb, perpétrés au nom de l’Islam, étaient en fait dûs à la structure patriarcale atavique de la société.

RAMADAN

Cette année, je le fais ou je ne le fais pas ? C’est le mois communautaire par excellence auquel je ne peux accéder, exilée, pas de famille qui m’entoure ; chaque année je me retrouve épuisée de ne pas l’avoir accompli totalement, de façon régulière, réglementaire, conforme, rituelle, comme si j’étais passée à coté de quelque chose, de la reconnaissance de ma propre part musulmane.

TOTAL RESPECT

Tous ces jeunes de banlieue qui affichent leur jeune ; fiers de vaincre par un effort qui rattrappe toutes les incapacités, échecs scolaires, tous les déboires dont on charge les parents et eux-mêmes : le Ramadan est l’objet le plus accessible que les jeunes peuvent épingler sur le corps affamé de leur identité ; éprouver en acte son appartenance à une collectivité plus vaste que sa famille.

RAVAGES

La parabole a tout envahi ; tout le monde sait que les fameux bouquets cathodiques n’ont qu’une seule vertu, celle de pouvoir consommer le jour les prédications des nouveaux prêcheurs de l’islam et la nuit, du film porno.

L'EXIL JUSQU'AU BOUT

Ma Bretagne, mon pays d’adoption, celui où les cris des mouettes ressemblent aux youyous des femmes de mon pays natal.

Pour mon enterrement, mon père voudrait que mon corps soit rapatrié ; je dis : « Je veux mourir ici en Bretagne » mourir là bas, dans une terre d’Algérie quittée il y a plus de trente ans, n’a pas de sens ; Erquy aura sa musulmane.

LA CONVERSION INFINIE

Ma nostalgie concerne la langue classique, inaccessible pour moi : c’est la langue des médias, une langue hautaine et méprisante, mais c’est aussi et avant tout la langue du savoir, de la poésie et du Coran ; la langue classique est le monopole des pouvoirs en place et c’est une dépossession pour ceux qui ne la maitrisent pas.

A l’école, j’ai appris la langue française exclusivement ; mon père espérait l’avènement d’une modernité sans jamais devoir renier sa foi ni sa culture musulmane ; à l’indépendance en 1962, j’avais 10 ans ; la langue française devenait une langue étrangère ; je devais y renoncer et apprendre l’arabe.

ISTHME

J’ai un peu plus de 20 ans ; j’arrive d’Algérie, je viens pour poursuivre mes études ; je refuse la France ; la France, je veux juste l’instrumentaliser comme outil de promotion et de ma carrière, je maîtrise sa langue.

Pourtant, au bout de quelques mois, c’est un sentiment de persécution douloureux qui m’envahit : j’étais en train de trahir mon pays en venant travailler dans celui de l’ex-colonisateur ; je me dirigeai vers un travail thérapeutique avec un psy ; mais j’étais en France et je ne trouvais que des analystes français ; confier mon inconscient à une étrangère qui n’était ni arabe, ni de culture arabo-musulmane, relevait de la trahison ; mais sa méconnaissance m’obligea à dire, articuler, parler déplier le fil de ma culture, de mon islam, de ma religion, de ses interdits ; ma langue se liait et se déliait dans les deux langues : ma langue se déliait jusqu’à retrouver un morceau de langue arabe ;, inscrit en moi depuis l’enfance : la première sourate du Coran ; j’étais incapable de la traduire ; par sa seule musique elle avait toujours enchanté mon être.

Peut-être n’aurais-je jamais trouvé de chair à mon exil ni à mon existence si cette sourate n’avait pas inoculé en moi plus de sens que si je l’avais comprise.

BAINS COMMUNAUTAIRES

Hier je décide d’aller à la Mosquée de Paris ; c’est le Ramadan et je veux sentir cette atmosphère collective que je sais ne pas aimer ; la foi pratiquée en commun reste pour moi un obstacle insurmontable lié à ces souvenirs de Médéa, la ville de mon enfance, rigoriste et puritaine ou un collectif punissant régit ce qu’il faut faire et ne pas faire.

Cette nuit est la 27 ème nuit du Ramadan, nuit anniversaire de la descente du Coran et de sa révélation ; soirée au centre culturel algérien, la transe flamboie, la joie est magnifique.

ÊTRE MUSULMAN

L’IRAN, cette première grande révolution islamique ; on s’est tous pris à en rêver ; c’est aujourd’hui un Iran fier, restauré dans sa dignité, prenant sa revanche sur l’humiliation infligée en 1956 par les américains ; mais de la transformation de l’être musulman , qu’en est-il ?

Pour moi, un échec, une déception immense ; on a rêvé d’une nouvelle ère , d’un laboratoire iranien qui renouvellerait l’être musulman dans sa culture, dans sa faculté de s’adapter au changement qui de toute part l’assaille ; rien ne nous parvient sinon les assourdissants anathèmes contre l’Occident athée ; quant aux fameuses portes de l’interprétation, fermées depuis le XI ème siècle, on en rêve depuis si longtemps ; sans doute est-il temps de lancer un appel à libérer l’Islam.

BROUILLAGE

Partout ça brule, partout les caricatures ;la religion de l’Islam, ma culture, caricaturée par des foules ensauvagées sur des scènes retransmises en boucle jusqu’à l’autre bout du monde ; ce n’est pas la puissance de l’Islam que ces fanatiques célèbrent, mais sa ruine, la ruine de son image et de son lien avec les autres peuples du monde ; les journalistes attendent de shooter les images du délire et de l’hystérie.

L’AMOUR ET LA MISÉRICORDE

Je suis plongée dans la lecture des écrits des moines de Tibhirine, assassinés en 1996 en Algérie ; je cherche l’amour et c’est comme si je ne le trouvais plus ; c’est que je ne sais pas encore lire le Coran ; puis au détour d’une page, c’est la grâce qui me fait retrouver la Miséricorde, ce premier nom de Dieu, le plus utilisé puisqu’il ouvre comme une clé chacune des sourates.

Les moines disent que c’est un destin à accomplir, qu’ils sont enracinés dans ce lieu de Tibhirine, tout près de Médéa, la ville de mon enfance, ils disent qu’ils ne peuvent pas abandonner leurs voisins.

RUINES

Ah ! les femmes arabes, femmes d’islam, le paradigme même de la soumission ; figure de l’obscur despotisme oriental ; le féminin arabe interroge le statut même de la sexualité en Occident ; il pose la question de son acceptation et de sa tolérance dans une société où le visible domine les codes du langage et de la pensée ; comment penser un féminin caché, tabou au regard de l’étranger ? Comment l’approcher, ce féminin arabe sinon en le dévoilant ? Commment renoncer à la pulsion de lui arracher ses foulards, ces signes ennemis d’une société où tout doit être visible ?

SE PERDRE DE VUE

Et si le féminin était pour l’homme sa part cachée la plus secrête ? Comment ne pas la maudire lorsque celle-ci a le projet de se dévoiler ? Cette part secrête de l’homme, préservée par le voile féminin peut être aussi une figure de sa propre soumission à Dieu, son Islam.

Ce sont des contraintes semblables aux rituels de purification propres aux lieux saints auxquels le corps des femmes est soumis.

TABOUES

Khadidja, la première convertie à l’ISLAM est une femme ; c’est dans ces bras que se confirme la vérité du message divin adressé au prophète Mohammed.

Cette présence du féminin se poursuivra avec Aicha, la jeune épouse préférée du Prophète auprès de laquelle il recueillera nombre de révélations ; les femmes du Prophète ont été comme une terre d’accueil du message divin.

ITINÉRAIRE SPIRITUEL

Chaque jour, sur le chemin qui me mène à mon travail, j’ai la chance d’accomplir un itinéraire spirituel : une synagogue, un temple positiviste et une église ; pas de mosquée dans ce quartier mais la charge mystique des lieux est bien là et elle me suffit ; synagogue avec des mendiantes sépharades parlant un arabe mâtiné de yiddish, cousines sémites de celles qui se postent à l’entrée de la Mosquée de Paris ou de celles de Tunis ou Rabat ; Eglise st Paul avec son dôme me rappelant les coupoles orientales ; j’y suis entrée telle une jeune épousée, une femme chantait l’ave Maria et en moi la sourate Fatiha se déployait libre et sans façon, comme une étrangère qui s’inviterait et qui demanderait une bénédiction ; puis enfin, la chapelle de l’humanité, temple où vécut Auguste Comte ; pensée rationaliste, positiviste, religieuse ; les dernières années de son existence, il déclarait vouloir prêcher à Notre Dame le positivisme, seule religion universelle, car scientifiquement conçue ; comme quoi le religieux est capable de revêtir toutes les formes, même celle de son alliance avec la science.

IHYA

Lecture du Coran : je fais l’effort de le lire seule, sans le recours au commentaire ; je veux éprouver l’imminence du texte ; la lettre appartient aux clercs, ils sont les maîtres ; je ne lis pas comme ils lisent.

Ma prière vient à moi d’elle-même ; ce n’est plus une prière rituelle.

La codification très précise de la prière développe en moi, uns sorte d’inhibition ; dans mes premières lectures, je cherchais les contours de ce que pouvait être en Islam mon libre arbitre ; longtemps je l’ai lu en cherchant les versets que je pourrais convoquer pour légitimer mon droit de vivre libre, musulmane en exil, en terre impie ; aujourd’hui, c’est le Coran qui me justifie et je le lis comme s’il ne s’adressait qu’à moi.

C’est un détour par l’exil, par la séparation d’avec un pays, une famille, par la confrontation avec la filiation monothéiste, c’est par ces divers détours que j’ai pu parvenir à une foi de plus en plus intime et de plus en plus libérée de son héritage inné, une fois purgée de gestes, de codes.

MES AUTRES FILIATIONS

La « pesanteur et la grâce » de Simone Weil, la lecture de cet ouvrage fut un choc ; ainsi on pouvait parler de Dieu sans soumission à un dogme déterminé ; ce fut le début d’une quête inconsciente ; ce furent les femmes dont je recherchais la proximité ; mes transmettrices me livraient le sens de cet instinct de Dieu en moi : Emily Dickinson, Etty Hillesum, Simone Weil, Rabia el Adawiya ; un souffle transmis, un langage libéré de tout sens déjà occupé, mâché, enregimenté.

SEXY SOUKS

Le voile, ce symbole que les occidentaux prennent au premier degré, ignorant combien il est l’expression du corps et plus encore du sexe ; découvrir sa chevelure ne signifie pas autre chose que la révélation de sa nudité.

Des artistes femmes arabes ont été invitées à travailler sur le thème de la lingerie féminine dans les souks de Damas; les clientes sont des femmes voilées ; paradoxe ? Non malentendu entre le Moyen Orient Musulman et l’Occident chrétien. Mais en Islam le désir sexuel est reconnu et le plaisir charnel est recommandé dans le cadre du mariage ; les femmes voilées ne sont pas des nonnes, elles n’ont pas fait vœu de chasteté.

Imaginaire contre le « tout visible » de l’occident ; que faire de ce paradoxe qui semble boucler la vue de l’occidental ? Dedans/dehors ; caché/ révélé ; visible/invisible.

PLAINTES LES LARMES DE L’ARABE

Permanente est la plainte de ne pas être reconnu ; les larmes d’Agar, dans le désert seront les premières larmes de la Bible ; aujourd’hui, les arabes continuent de se plaindre, l’humiliation, réelle ou perçue est un des vocables les plus à la mode aujourd’hui, utilisée à propos de n’importe quoi ; le ressentiment finira par anéantir les Arabes et ruiner leur dignité ; on mourra de se plaindre.

L’HOMME DES LUMIÈRES

Une place à Paris porte le nom d’Abdelkader, cet algérien qui porte très haut le peuple dont il est issu et qui fut une des premières figures mystiques que j’ai rencontrées ; longtemps le gouvernement algérien nous tint dans l’ignorance de la personne véritable de cet homme immense ; j’ignorais que l’Emir n’était pas que le premier chef de la nation, qu’il n’était pas qu’une figure glorieuse du nationalisme, qu’il n’était pas qu’un guerrier redoutable et qu’un chef d’Etat ; j’ignorais qu’il était un homme dont la sensibilité spirituelle le classe parmi les plus grands mystiques.

Le pouvoir algérien a rapatrié ses cendres de Damas, mais il n’a pas voulu convoquer l’islam de l’émir ni son œuvre métaphysique ; c’est pourtant de cette filiation là que l’Algérie manque ; on lui a préféré les textes les plus réactionnaires de la propagande islamique moyen orientale sous prétexte que le pays n’avait pas ses propres docteurs de l’islam ; on sait aujourd’hui quelle est l’étendue du désastre et ce qu’il en coute de gouverner en refoulant sa part spirituelle ; dans sa lettre aux français, il écrit :  «  si les musulmans et les chrétiens me prêtaient l’oreille, je ferais cesser leurs divergences et ils deviendraient frères à l’intérieur et à l’extérieur.

LE MAITRE DES MONDES

Dans les pays arabes, la production littéraire est catastrophique.

Dès les premières sourates, le Dieu d’Islam est nommé le Maitre des Mondes ; ce pluriel ouvre la possibilité de mondes multiples comme si un lieu pour l’imagination était dans le texte préservé ; mais aujourd’hui c’est comme si l’artiste avait perdu tout commerce avec la révélation prophétique.

A la place triomphe l’image, non pas l’image née d’une pensée mais celle de l’écran de télévision ; l’image, cela empêche d’imaginer ; alors on se réapproprie son passé ; c’est en réalité le repli qui menace.

HYBRIDES

Je relis mes notes trahissant cette déception que ma conscience manifeste à l’idée de la régression de la culture musulmane : je me surprend en flagrant délit de rêve impossible, celui de l’avènement d’un être musulman miraculeusement épargné par le marché, la consommation, le capitalisme : les musulmans doivent ils à l’instar de l’occident, connaître le même parcours, le même désenchantement ? L’épreuve de la déconfessionnalisation sera-t-elle le stade obligé de la modernité ?

MAKE ME OTHER

Retour d’un séjour chez les moines de Chevetogne en Belgique ; une communauté monastique y a été fondée dans l’esprit de se joindre le plus intimement possible à l’univers de l’autre, le chrétien de rite orthodoxe : «Épouser ses rites pour mieux communier avec lui.

Si proche de ce qui m’anime, l’expérience m’a bouleversée ; j’y ai retrouvé ma chère alliance des langues, des cultures, des rites.

ALLAH ES SAMAD

Sourate EL IKHLAS sur le monothéisme :

« Lui, Allah, l’unique, Allah le Dieu de plénitude ; il n’enfante pas et n’est pas enfanté ; il n’a pas d’égal ».

Es SAMAD se traduit pas le Numineux ; ce verset tente de transmettre à l’homme cet attribut de Dieu inimaginable, inconcevable pour l’humain, une transcendance ; absolue, insondable, emplie de mystère et de majesté ; Allah est irreprésentable, infigurable ;

MARTYRS

Louis Massignon ; lui aussi a voulu approcher ce musulman, son frère ; il a créé en Bretagne un pèlerinage où se retrouvent chaque année musulmans et catholiques pour y célébrer le rite des sept dormants de la caverne ; il rattache ceux-ci à une sourate du Coran qui peut être rapprochée d’un antique mythe de Bretagne.

Font écho en moi, depuis mars 1996, les sept moines de Notre Dame de l’Atlas à Tibbirine, eux pour qui « l’Algérie et l’islam c’est un corps et une âme » ; on a assassiné les moines de Tibbirine, mais on a aussi voulu assassiner l’Algérie.

Tibhirine est tout prêt de Médéa ; le jardin du monastère nous était ouvert.

MARYAM MARIE

Marie est la seule femme nommée dans le Coran, plusieurs fois, la sourate qui lui est consacrée et qui porte son nom est une des plus belles et des plus tendres du livre.

LA GRANDE PROMESSE

Pour moi, longtemps, il n’ya pas eu d’après, ce lieu de l’éternité ; la foi est juste un viatique pour ce passage et cette fin terrestres ; mais à quoi bon croire, si l promesse du paradis tient aussi peu de place.

Sans doute la vision du paradis et de sa promesse prolifique, a-t-elle contrarié en moi la possibilité de cette éternité ; je dois déconstruire l’objet pour pouvoir habiter de nouveau la promesse du paradis ; travail toujours à remettre sur le métier, décaper, nettoyer.

DERNIÈRE HALTE

Etty Hillesum ; pour elle je mettrais ma main au feu pour voir le paradis ; elle priait juste un Dieu d’éternité.

Quelques jours avant sa mort, elle écrit :  « Il y a en moi un puits très profond et dans ce puits il ya Dieu ; parfois je parviens à l’atteindre ; mais le plus souvent des pierres et des gravats obstruent ce puits et Dieu est enseveli.

Christian de Clergé, prieur de Tibhirine, méditait cette même lecture au moment de son enlèvement.

A mon chevet, « le livre des haltes » de l’Emir, veille sur mon Dieu ; je regarde au fonds de mon puits et m’emplis de doute ; mon homme des lumières ; mon maître, l’émir Abdelkader m’illumine car la connaissance de Dieu, me dit-il, ne met pas fin à la perplexité.

LES ATTENTIVES
(Albin Michel 2014)

Karima Berger s’identifie à une image d’une petite marocaine présente dans la chambre d’Etty Hillesum à Amsterdam en décembre 1941. Elle dialogue avec Etty.

« Tu ne cesses de creuser les vérités qui t’assaillent ; le cahier de ton bureau est ton rendez vous amoureux ; ce bureau, c’est le lieu où tu te laisses advenir au monde ; je suis mêlée à ton destin ; je suis éblouie par ton être, tes gestes, tes rires, to corps libre et harmonieux ; parfois je voudrais sortir de mon cadre et venir te murmurer à l’oreille : je suis ta sœur.

Ta chambre, ton bureau, c’est notre pays à toutes deux, c’est mon école ; auprès de toi, j’y ai appris la vie, la mort, l’amour, la prière, l’écriture et l’histoire de ton peuple.

Nous sommes filles d’un même père, Abraham, nous sommes nées du même arbre ; le Coran est la troisième et dernière branche.

Je te parle par-dessus la mort ; tu es vivante ; ta parole, console, répare et fait méditer ;avec toi, j’ai appris à penser et à aimer ; grâce à toi, je vis plus que je ne devais vivre ; tu as amplifié mon existence de la tienne.

Avec ton journal, tu veux t’expliquer avec cette époque terrible ; moi aussi, je veux m’expliquer avec le monde ; une autre femme, Shéhérazade m’appris avant toi à prendre la parole ; elle aussi me donne des forces pour traverser la nuit qui s’annonce ; comme cette femme d’Orient, tu écrivais chaque nuit pour que l’ogre ne te dévore pas.

Si tu savais combien de choses en toi résonnent en moi et font écho à l’universel ! l’écriture, l’amour, le goût de Dieu, des hommes, la prière...

Nous sommes issues du même arbre, toutes deux filles de sémites à la nuque raide dont parle la Bible.

Tu es ma sœur orientale ; tu aimes retrouver l’âme d’une jeune russe ; la Russie, c’est ton Orient, là où tu vas puiser d’autres visions du monde ; la Russie est l’Orient de l’Occident et moi je viens de l’Occident de l’Orient.

Tu n’auras pas lu Christian de Clergé mais lui t’aura lue et m éditée ; il vouera sa vie à ce pays meurtri d’Algérie ; il connaîtra la tragédie d’une violence aveugle lui et ses frères moines de Tibhirine ; son œuvre est testament : «  j’aimerais qu’on se souvienne que ma vie était donnée à Dieu et à ce pays… J’ai suffisamment vécu pour me savoir complice du mal.

Ecoute cette adresse qu’il fait à son assassin : « merci, l’ami de dernière minute qui n’aura pas su ce que tu faisais : à Dieu, qu’il nous soit donner de nous retrouver, larrons heureux, en paradis, s’il plait à Dieu, notre père à tous deux ».

A sa disparition reposait au chevet de son lit déserté, ton journal.

Pour toi, les hommes et les femmes sont autant de parcelles du grand corps de Dieu « si j’aime les êtres avec tant d’ardeur, c’est, qu’en chacun d’eux, j’aime une parcelle de toi mon Dieu, mon Dieu, je te cherche partout dans les hommes.

Avec toi, Etty, je comprends qu’il n’y a pas Dieu d’un côté et les hommes de l’autre mais que tout est Dieu ; aimer les gens, c’est une prière élémentaire qui t’aide à vivre et te donne le goût de Dieu.

Sans cesse tu cherches à faire place au vide, sans lequel le divin ne peut advenir dans l’humain ; un vide qui n’est rien d’autre que le sentiment d’être pleine de lui, ton Dieu intérieur.

LE SEUIL FÉMININ DU MONDE

Te voyant, je retrouve l’universalité de ma culture où corps et esprit sont convoqués, toujours, jamais séparés que ce soit dans la prière ou dans l’amour ; deux instruments du corps pour éprouver la musique de Dieu et capter un peu sa splendeur ; ton corps est le miroir de ton âme ; ainsi mon corps ne m’est pas interdit et il m’est permis d’en jouir.

« Il y a une mission historique de la femme pour le temps à venir : de montrer àl’homme la voie de son âme à lui, en passant par son âme à elle » ecris-tu : tu sais que pour nous femmes , le chemin est long, «  nous ne sommes pas encore tout à ait des êtres humains, entravées par des traditions séculaires ; encore à naître à l’humanité véritable il ya là une tâche exaltante pour la femme  » : Etty, cette tâche exaltante, je la reprends chaque jourpour montrer que c’est possible d’ête un être humain et une femme et libre et à naître et proche de son Dieu intime.

Isabelle Eberhardt aurait pu être notre compagne ;chercheuse d’âme, elle a fait le vœu dès l’age de 15 ans de partir un jour pour l’Orient ; elle aime Dieu, le Dieu de l’Islam auquel elle se convertit ; dans la galerie de mes inspiratrices, elle est là, près de toi, souveraine.

L’amour est une grâce de Dieu et l’acte sexuel s’accomplit sous ses auspices ; telle une offrande, l’homme et la femme le sanctifient, c’est un acte de grand amour divin que de s’aimer.

Le corps féminin se dérobe au regard ; il est pour vous occidentaux, d’un trouble infini, vous que domine le règne de ce qui est visible ; c’est que les femmes ont en elles la préscience de la Présence.

Il n’y a pas d’autre issue pour un cœur aimant que de chercher un espace plus grand que soi, que de s’ouvrir, s’offrir et le noyer dans l’infini du ciel ; c’est le début de la confiance, agrandir son cœur, agrandir son amour en le conjoignant à l’infini de Dieu.

PRIER

Tu découvres ce qu’est prier, l’espace intérieur que cet acte ménage et libère en toi ; telle une femme de l’Islam, tu te prosternes mais tu vas plus loin encore, tu te voiles la tête.

Heureusement, il y a mon maître, l’émir Abd el Kader, cet homme dont l’extraordinaire intelligence spirituelle rattrape l’indigence de l’islam contemporain ; c’est avec lui que j’ai de nouveau appris à prier ; lui dit qu’il peut prier partout.

ÉCRIRE

Nous sommes toutes deux filles du Livre, nous avons bu à la même source ; mille et un versets nous relient toutes deux communs à nos Livres, le mien reprenant les tiens, héritiers de la Torah ; la parole divine s’est rappelée au monde une dernière fois auprès des peuples des arabes pour un ultime rappel puis s’est tue.

Tes mains te font entrevoir la possibilité de créer, d’écrire ton être ; tu veux livrer le fond de ton cœur à un candide morceau de papier ; sur le grand plateau noir de ton bureau, repose le grand cahier quadrillé de lignes bleues ; c’est un palais ; huit cent pages, presque, un palais bâti entre le 8 mars 1941 et le 13 octobre 1942 : j’ai grandi dans ce palais, j’ai hanté les pièces que tu batissais avec patience ; chaque jour tu ouvres ton journal pour y écrire une ligne de ton destin ; tu supplies «  o Dieu, prends moi dans ta grande main et fais de moi ton instrument, fais-moi écrire ; » tu veux transmettre l’expérience intime de la tragédie de ton peuple ; laisser des trâces à un autre, ce n’était surement pas à une jeune arabe que tu pensais ! Tu veux écrire pour la postérité.

ABANDON

Tu veux devenir écrivain, tu ne veux cesser d’écrire le nom de Dieu ; tes mots disent ta lucidité, ta clairvoyance de l’assassinat programmé, la machine est en route, rien ne pourra s’y opposer : » mon acceptation n’est ni résignation, ni abdication de la volonté mais les évènements qui nous assaillent ont pris des proportions trop énormes, trop démoniaques , pour qu’on puisse y réagir par une rancune personnelle ou une hostilité exacerbée ; » « il faut oublier des mots comme Dieu, la mort, la souffrance, l’Eternité ; il faut se contenter d’être ; s’abandonner à ce qui t’est donné aujourd’hui de vivre ».

C’est en juillet 1942 que tu as cette clairvoyance radicale du projet nazi ; « ce qui est en jeu, c’est notre perte et notre extermination ; « il murit en toi un abandon, un sentiment d’être à l’abri dans ta main, mon Dieu » ; tu comprends très tôt que le pouvoir de s’abandonner, de se soumettre à son destin est arraché au sentiment de puissance qui habite l’homme d’Occident » « il faut accepter la mort comme élément naturel de cette vie, même la mort la plus affreuse ; mais si nous avons confiance en Dieu, il faut l’avoir jusqu’au bout ».

Le premier signe d’abandon et de soumission c’est se prosterner pour prier.

Tu ne crées pas seulement des mots c’est la vie elle-même que tu recréés en permanence : « Le monde est beau malgré l’horreur, je trouve la vie pleine de sens malgré tout ».

Tu es lucide « il ne faut pas vouloir tout posséder et comprendre, il faut aussi savoir se contenter de subir ; peut-être est ce pour nous, occidentaux, ce qu’il y a de plus difficile » il manque cet élément précieux de la foi ; l’humilité, pouvoir subir sans opposer de résistance ».

Voir l’inéluctable et l’accepter, tu te dis  « toi qui prétend croire en DIEU, sois un peu logique, abandonne toi à sa volonté et aie confiance ; tu ne cesses de rendre grâce à Dieu ; cette grâce rendue à Dieu pour la vie donnée est le hamdulillah du musulman ; on a souvent parlé du fatalisme de celui-ci ; serait-ce l’origine de l’usage par les nazis du mot « les musulmans » dans les camps de concentration pour désigner ceux qui se laissaient mourir ; « dans leurs yeux, plus aucune étincelle divine » (Primo Levi) ?

Nommer « musulmans » ces humains écrasés de faim, de maladie, de détresse, sans force ni résistance aucune, terrassés par leur destin est une mépris qui altère profondément ce qu’il y a de noble et responsable dans la remise confiante à Dieu, signification réelle du mot islam.

S’humilier en se prosternant n’est pas un renoncement, c’est préserver la dignité en nous ; humilité vient de humus qui a donné naissance au mot « homme » ; la source de ma dignité, je ne la tiens pas de moi-même, elle m’a été prêtée dirait le musulman « si Dieu nous prête vie » dit-il souvent.

PATIENCE, écris-tu en majuscules ; toi, à Westerbork, tu veux vive jusqu’au dénuement que tu sais proche, tu redis : « cette vie est étonnement bonne, pour peu que nous fassions en sorte que Dieu soit chez nous en de bonnes mains » ; oui, patience et confiance en cet ordre invisible et caché.

Cela correspond à l’expression » Inch Allah », « si Dieu le veut » :

« L’éventualité de la mort est intégrée à ma vie, regarder la mort en face et accepter cette mort, cet anéantissement comme partie intégrante de la vie, c’est élargir cette vie.

Le mardi 7 septembre1943, le convoi contenant la famille Hillesum s’ébranle pour la Pologne ; tu es partie, Etty, avec une immense grâce et dans un état de bien heureux abandon ; tes derniers mots nous sont parvenus sur une petite carte  » j’ouvre la Bible au hasard et trouve ceci « le Seigneur est dans ma chambre haute ».

PARIS 2011- 2013

J’ai découvert son visage dans une vitrine d’une librairie à Paris ; ce jour est gravé dans ma mémoire, un jour comme une naissance ; cette femme parle comme je voudrais pouvoir parler ; c’est que je veux écrire moi aussi et dire comment vivre aujourd’hui quand on est une jeune marocaine, étudiante, exilée à Paris, ayant quitté sa famille et son pays pour découvrir le monde, être une femme libre et moderne et déjouer le destin déjà tracé ; je veux être, non pas arabe ou musulmane ou marocaine, être simplement.

Le soir même je décide d’ouvrir mon journal ; Etty m’encourage du regard ; je dois pénétrer son livre, sa vie, son destin ; aujourd’hui son journal et ses lettres ne me quittent plus ; elle les a écrits pour nous, pour moi.

Les temps qui s’annoncent se voilent d’une obscure pénombre, je vis aujourd’hui dans un chaos sans nom ; aujourd’hui ton écrit nous fait « trouver la vie belle, digne d’être vécue et riche de sens, en dépit de tout ».

Je suis jeune et je hais ce qui m’enferme ; je suis engagée comme tu l’as été dans une tâche de construction de soi ; il me manque ta lucidité ; je lis et je relis ton journal et tes lettres pour m’ouvrir grands les yeux sur mon siècle auquel je ne comprends rien.

Je n’ai pas résisté à l’envie d’aller à ta rencontre charnelle : j’ai fait le voyage en Hollande et au centre Etty Hillesum ; mais qui peut exposer dans un musée cette expérience si singulière et ces combats que tu as menés qui t’ont menée à la connaissance de l’humain et tant rapprochée de Dieu ? Tu as été en grande conversation avec Dieu comme si c’était la chose la plus naturelle du monde.

Le plus beau cadeau que je puisse te faire : te donner une seconde vie ente faisant vivre près de moi ; te donner une seconde vie c’est répondre à ton projet de transmettre ton expérience.

Chaque jour, j’apprends un peu plus l’histoire et ses catastrophes et me prépare à celles qui vont déferler sur moi ; je ne connais pas encore le nom des désastres qui m’attendent ; ETTY, guide-moi dans le chaos de l’histoire ; laisse-moi t’interroger sur le mal, sur l’anéantissement, sur la Shoah, sur l’autre, le juif, l’étranger ; car moi, arabe et musulmane, évoluant maintenant dans un bouleversement sans nom, je dois survivre à mon tour ; la tragédie qui s’annonce, quel nom lui donner ?

Croyez-vous que la démocratie l’emportera ?

Il y eut un magnifique printemps, d’abord en Tunisie : ce fut une renaissance pour les millions d’arabes, au Maghreb et au Proche Orient quelque chose de bon enfin advenait, quelque chose de bon dont nous étions crédités ; les peuples arabes qui semblaient hiberner dans une léthargie morbide, faite de ressentiment, de rancœur contre les occidentaux, contre l’autre qui les humiliait et les écrasait de sa supériorité, ces peuples que l’on disait hors de l’histoire, passifs, soumis, se sont mis à donner des leçons de modernité aux Indignés du monde entier.

Mais avant ces printemps, il y eut le 11 septembre 2001. Avec ces attentats, quelque chose de l’histoire contemporaine des arabes s’est joué, marquant au fer leur image et celle de leur religion, puisque c’est au nom de celle-ci qu’ils furent commis ; un acte inscrit contre l’Islam lui-même, contre les musulmans et contre leur Dieu.

Avec les révolutions, c’est l’ennemi intérieur qu’il s’agissait de viser, celui qui exerçait son pouvoir despotique ; ces peuples se sont soulevés pour réclamer liberté et dignité ; le choix des urnes fut une autre affaire : les élus proposèrent de porter la religion musulmane au pouvoir ; l’Occident fut déçu ; sans cesse pèse ce regard, ce grand surmoi occidental qui juge chacun de nos actes avec cette arrière pensée que ces révolutions devraient se reproduire sur le même modèle que l’histoire de la sécularisation en Europe.

Ces printemps furent une occasion magnifique pour les femmes d’investir la scène publique.

Il faut beaucoup, de force et d’inventivité et de foi pour imaginer une autre manière de vivre qui surgisse de soi-même ; notre culture est en miettes ; serons-nous libre d’inventer la forme propre de notre modernité.

Etty, comme toi qui voulait devenir un médiateur entre la Russie et l’Occident, je voudrais tant réaliser, moi aussi, ma passion de la rencontre entre Orient et Occident, entre juifs et arabes.

Il faudrait dès maintenant un printemps spirituel.

Tu dis combien tu te méfies des idéaux politiques qui risquent de leurrer le plus grand nombre ; il reste à espérer ce djihad intérieur, cette lutte dont tu avais la préscience ; « la saloperie des autres est aussi en nous, disais tu, et je ne vois pas d’autres solutions que de rentrer en soi-même et d’extirper de son âme toute cette pourriture.

Il s’agit de s’expliquer avec nos pulsions destructives, perverses et troubles ; je doute et toute idéologie, dite démocratique, ou nationale ou laïque ou féministe ou égalitaire vacille à la surface de ma conscience ; car , moi, petite marocaine revancharde, si je m’embarque dans tell action ou revendication, qu’est ce que je satisfait comme pulsion, comme désirs secrets, inavouables ?

Comme tu dirais : « cherchons d’abord en chacun la racine de la haine » ; d’abord « construire la paix mondiale en soi-même » nous dis-tu admirablement.

Aujourd’hui, à la lumière de l’actualité, la question  « Croyez-vous que la démocratie l’emportera ? » devrait être renouvelée : oui, mais quelle démocratie ?

On me somme de me qualifier pour mieux me séparer de l’Autre, et plus on m’invite au même et plus je me sens étrangère, alors, toi qui te sens « faite de beaucoup d’individus », toi, mon autre, tu me diras qui je suis.

DÉFIGURATIONS

Je ne veux pas rejeter un jour ma religion, je ne veux pas qu’elle soit mon ennemie comme c’est la cas pour tant de sujets occidentaux qui ne veulent plus en entendre parler tant ils ont vécu l’hypocrisie de l’Eglise ou les tartufferies de leurs familles.

Mon Dieu est l’Inconnaissable, l’Impénétrable, comment le rabaisser au rang de père sévère ? L’ostentation du religieux m’offense, que peut-il y avoir de plus intime que le rapport des gens à Dieu ?

Un Dieu d’épouvante occupe toute la place, un Dieu froid, haineux ; j’enrage ; alors je réponds, je parle de mon Dieu de l’Islam ; je dis le lien responsable qui unit l’homme à son Dieu, je dis qu’il n’y a pas besoin de prêtre pour se rapprocher de son Dieu, je rappelle que mon Dieu de l’Islam est plus proche de celui du peuple juif que e celui des chrétiens ; on me répond, Etty, que ton Dieu est plutôt le Dieu d’amour des chrétiens, mais alors, seul le Dieu des chrétiens serait un Dieu d’amour ?

Je leur parle de la miséricorde du Dieu musulman ; que serait un Dieu s’il n’était pas amour et miséricorde ?

La grande affaire de l’homme de notre siècle est que Dieu prenne un visage humain, celui d’un prochain, un ami, un camarade ; que Dieu soit proche de sa créature, c’est une nécessité sans quoi il ne serait pas amour ni miséricorde.

Cette expérience d’une proximité dans laquelle Dieu se rend proche et familier, elle t’est singulière.

L’ordre patriarcal veille, il entretient la confusion entre la règle sociale et la règle religieuse et voilà notre Dieu défiguré sous les traits d’un Dieu méchant : la mécanique de la rétribution, cette attente infernale de la récompense, défigure et altère la face de Dieu.

L’autre défiguration consiste à s’emparer du corpus coranique pour prouver, à la façon des méthodes scientifiques que l’Islam est une Vérité et que c’est même la seule ; le mystère divin est traduit en pseudo démonstrations ; la foi est gratuite, elle se donne et s’abandonne, elle provient du cœur ; la science prouve et provient de la raison.

Ma lecture du Coran est libre et mienne ; mon Live, le Coran devait tenir cette place consistant à relier le tout et recoudre bord à bord les trois religions ; mais non ! Le dessein de notre Dieu, on l’a resserré sur une toute petite place bien étroite alors que son message avait de l’ambition inclusive de ceux qui l’ont précédé.

LA SHOAH

Westerbork ; ce n’était qu’un morceau, ce n’était que l’antichambre de la mort ; car c’est l’Europe qui se change peu à peu en un immense camp ; Etty, tu embrasses la beauté de la vie y compris le mal qui git en elle, en nous, en chacun de nous  « je ne veux pas me faire chroniqueur d’atrocités, je veux me planter au beau milieu des atrocités et dire et repéter : la vie est belle ».

Le 17 septembre 1943, tu écris : ces deux mois passés derrière les barbelés furent les plus intenses et les plus riches de ma vie. Par essence, la vie est bonne et si on prend parfois le mauvais chemin ce n’est pas la faute de Dieu mais la nôtre.

Au milieu du camp, je me disais : » que puis je en dire, moi, petite marocaine, que puis je dire de ce qui est arrivé au peuple juif. Plus fondamentalement, comment les arabes peuvent-ils assimilés ce fait historique européen ? J’ai compris que cette leçon que vaut la Shoah est une leçon qui vaut pour tous et que le mal qui a été libéré a défiguré le visage même de l’homme.

Tant que nous ne comprenons pas la centralité de cet évènement dans la mentalité des israeliens, nous serons incapables de faire la paix avec eux.

comment être arabe et apprendre de la Shoah ? Les traces laissées par le peuple juif sont vives dans mon histoire musulmane.

Mais se pose en moi la question du destin du peuple palestinien ; on peut renverser l’affirmation : « tant que nous ne comprenons pas la centralité de cet évènement de l’exil dans la mentalité des palestiniens, nous serons incapables, nous israeliens, de faire la paix avec eux ».

A la fin de cette visite au camp de Westerbork, j’ai remercié Dieu de cette étape dans mon itinéraire.

UNE MÉMOIRE POUR DEUX VOIX

Abraham est le premier musulman, je suis de la branche d’Agar, l’esclave d’Abraham, chassée au désert avec son fils Ismael : plus tard Abraham revient en Arabie et construit le sanctuaire de la Kaaba avec son fils Ismael, Abraham est donc le premier monothéiste à accomplir le pèlerinage de la Mecque et à fonder les différents rites qui lui sont liés, dont celui du sacrifice sanglant ; cette expulsion biblique serait-elle une des raisons inconscientes de note brouille ? Pour le sacrifice, la confusion sur l’identification du fils (Ismael ou Isaac) reste une énigme.

Pour les musulmans, les Juifs ont falsifié les écritures ; ils n’ont pas su reconnaître le prophète Mohammed comme ils l’ont fait pour les autres prophètes bibliques ; ce serait la raison historique de la querelle ; pour autant, les Juifs sont des gens du Livre et à ce titre l’empire musulman leur a accordé une protection particulière ; il n’y a pas eu de croisades, il n’y a pas eu de guerres de religion entre arabes et juifs comme entre chrétiens et musulmans ; une sorte de coexistence s’est établie ; nous avons vécu longtemps en terre d’Islam ; le statut de dhimmi a permis à des centaines de milliers de juifs de vivre en terre musulmane ; les stéréotypes antisémites qui prolifèrent de nos jours ont été fabriqués dans le monde chrétien puis exportés et instrumentalisés.

Au fond, le projet de la Shoah n’était-il pas de tuer le mystère du peuple juif et de son origine monothéiste, tuer le mystère de notre origine, de l’origine juive en nous, héritiers d’Abraham en voulant effacer leurs traces, leur filiation définitivement ?

Toutes deux filles d’Abraham, nous sommes différentes ; je suis arabe, tu es juive, je suis d’Orient, tu es d’Occident ; tu as connu la persécution et les camps, tu as connu l’horreur ; j’ai connu une autre horreur : la guerre d’Algérie, puis le 11 septembre.

Quelle catastrophe sera la notre ? Les fureurs qui grondent tout autour de nous seraient-elles les prémices de la disparition de notre Islam, les éclats finissant de notre Orient ; à présent, il n’y a peut être plus d’Orient ; nous avons perdu notre Orient,le pôle secret de notre âme et sommes tous, occidentaux et Orientaux, définitivement peut-être désorientés ; il nous faut échapper au désastre, éviter la défiguration de Dieu et travailler à ce que le destin oriental ne soit pas une version mimétique du destin occidental ; et pourquoi pas réaliser le vœu que l’émir Abd el Kader formulait dans sa lettre aux français : « Je me sers de vos techniques mais je féconderai l’Occident de l’âme qui lui manque ».

DISPUTER AU CHAOS SA FORME PROPRE

Tu es tiraillée entre deux aspirations :le désir de replonger dans le sein maternel, ta collectivité, ou gagner ton indépendance, ta forme propre et la disputer au chaos.

Dieu, source de toute vie, est la matrice universelle de la création ; Allah est le très miséricordieux, le matriciel ; tel une mère pour ses enfants ; la communauté humaine de dit en arabe oumma, qui signifie littéralement « mère » ; comment donner vie à ma vie, comment donner vie à l’héritage qui m’est confié par ma communauté, dans ma forme propre ?

Comment toi et ton peuple avez-vous résolu la question de ce tiraillement ? Pour toi, l’âme n’a pas de patrie ; pour toi, aucune tradition ne te fait appartenir exclusivement à tel ou tel arbre.

Il y a Dieu et il y a ton peuple auquel tu es liée « je veux partager le sort de mon peuple » mais ta spiritualité propre te libère de ton enracinement premier ; tes capacités de vie intérieure t’ont sauvé du néant ; tu t’es vite affranchie des contraintes rituelles ; les tiens considèrent aujourd’hui que tu n’as pas assez donné de gages à ta communauté qui à c e moment de son histoire avait plus que tout besoin d’être réaffirmée dans la force de sa culture, la puissance de ses croyances, le pouvoir de son identité ; tu as beaucoup parler d’amour et pas assez de loi ; mais surtout, ton indépendance vis-à-vis de la loi communautaire a laissé le terrain libre à des lectures de ton œuvre inspirées par la religion catholique ; une juive qui puisait du réconfort dans l’Evangile !

Tu aurais bien pu être capable de vivre avec ton peuple juif dans ta foi chrétienne, sauf que tu t’es toujours refusée à qualifier ta foi.

En juin 1943, on a découvert un Coran dans ta mallette ; voir apparaître mon Coran dans tes affaires et dans tes écrits a été une si grande joie ! T’aura-t-il un peu inspirée ?

UN NOUVEAU SENS JAILLI DES PLUS PROFONDS ABIMES

Etty, il me plait d’imaginer notre conversation :

Etty : se sentir « juif » c’est un sentiment, une subjectivité qui n’a même plus le besoin de se marquer par des signes extérieurs ; peuple exilé, disséminé dans différentes cultures, le juif a conservé une sorte de noyau de son être.

  • Pour nous, c’est la langue arabe, intimement liée à notre Livre, qui fait lien ; Dieu dans le Coran, s’est adressé au peuple arabe en premier et pour lui, l’a révélé en langue arabe claire.

Etty : à bien y regarder votre Livre est si proche du nôtre ! Dans le Coran la deuxième sourate est un lévitique à elle seule, empli de prescriptions et de règles.

  • Votre Livre est devenu le temple qui vous réunit depuis 3000 ans, chacun y trouve la nourriture de son être essentiel ;le lire et le relire et le commenter à l’infini, n’est ce pas l’art du Talmud ? Le Coran est pour le musulman une totalité, écrit divin, lecture, prière, religion, langue, culture, il est le sacré même ; mais sa Parole n’interpelle plus le lecteur dans son intimité propre ; il n’y aplus que des interprétations canoniques, orientées dans le sens le plus sévère, le plus répressif ; oubliée la générosité du Coran !

Peut-être que les arabes de France, dans cinquante ans fêteront leurs rites sans besoin de signes extérieurs d’identité.

Il y a une élite arabe pour qui les enseignements du Coran et de la théologie musulmane peuvent être lus à l’aune des Lumières de la culture occidentale ; cette élite voulu faire ressurgir les ferments, le terreau que l’injonction de la non interprétation avait enterrés et que l’intégrisme contemporain continue de piétiner ; de nombreux musulmans ont tenté de penser un Islam réformé.

Aujourd’hui, les femmes envisagent un travail d’interprétation féministe ; allons nous être capable de libérer l’être musulman ?

J’aimerai bien avoir un tout petit mot à dire :

Je vis aujourd’hui en Europe, certes un exil désiré mais mon cœur et ma pensée ne quittent pas les rivages de ce que j’ai laissé d’Orient derrière moi ; comment me situer dans cette succession de siècles ; comment repérer et traquer les nouveaux combustibles qui alimentent le désastre ; la haine de l’Islam par exemple.

Ce flot de haine grossit chaque jour.

Chère Etty, écrire ce livre avec toi a été un chemin vers cette recomposition de moi-même et de notre histoire à toutes deux ; mon cheminement à tes côtés fut une aventure saisissante et troublante, je peux témoigner ; même victime, tu demeures libre ; de ton expérience tragique, de ta proximité avec Dieu en un temps de ténêbres, de la force de tes écrits, j’ ai appris ; tu m’as fait me retrouver et mieux encore, retrouver mon être propre, allié au destin de mon peuple ; ton altérité juive n’a cessé de nourrir l’universalité de ma pensée musulmane, de libérer mon Dieu des défigurations qui le menacent ; et à la catastrophe, je fais une place dans ma vie.

Haut de page


Agir

_____________


Actions et propositions
des réseaux de solidarité

  Les réseaux de solidarités

» CCFD
» CERAS
» CIMADE
» CRID
» SNPM
» FTA
» GISTI
» LDH
» RCI
» Secours Catholique
» ANAFÉ
» SRI
  • Mission
  • Textes
  • Livres

  Propositions
» Inventer une politique d'hospitalité
» Réforme sur le droit d'asile

  Outils d'éducation
» Musée de l'immigration
  • Les grandes questions
  • Le projet
» Boutiques
» Pédagogiques de CCFD
» Campagne du CCFD
» Outil des écoles
» Le guide de la CIMADE
» Manuel de l'enseignant
» Exposition Demain le monde
» Site modèle Migrations
» À la rencontre du frère

» Université d'été de la SI
» Centre de formation FTA

  Outils d'animation et de sensibilisation
» La SSI
» Festival Migrant'Scène
» Droits des Roms
» Film MONTBELIARD
» Film CARAVANE 55
» Film LITTLE SENEGAL
» Film SAGA DES IMMIGRES
» Artiste Slam

» Soirée débat

» Festival cinéma et migration


Actualités et événements
» Oser la Fraternité

» Festival Migrant'scène
  • La Pirogue
  • Les éclats
  • Terraferma
» JMMR 2012
» Projet de loi
» JMMR 2013

» Journée Mondiale du Migrant 2014
  • Présentation
  • Affiche
  • Tract
  • Message du Pape

Événement du mois d'avril
» Apprendre à vivre ensemble en Europe

Construire ensemble une Europe fraternelle
» Présentation

Pour une nouvelle politique
» Évêques de France
» CCFD
» Secours Catholique
» CIMADE
» EMMAÜS
» FTA
» DPPDM
» Cardinal Veglio
» Circulaire régularisation
» Accueil des migrants

Plaidoiries
» Protégeons les enfants
» Polémique sur les étrangers
» Accueil dans la dignité

Dialogue interreligieux, chemin de la fraternité
» Musulmans et chrétiens solidaires
» Les Etats Généraux contre le radicalisme religieux
» L’Esprit d’Assise
» Association Coexister
» Questions et réponses sur l'Islam
» Témoignages d’une intellectuelle algérienne Karima Berger


Qui sommes-nous ? Contact    Flux rss  
quastufaitdetonfrere.com © 2017