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MENSONGES ET FANTASMES DU FN

Le 26 octobre dernier dans l’émission Salut Les Terriens, François Gemenne a déstabilisé Florian Philippot, vice-président du FN dans un débat sur l’immigration. Ce chercheur en sciences politiques, spécialisé sur les questions de gouvernance mondiale des migrations et de l’environnement (à Sciences Po et à l’Université de Liège et Versailles), a accepté de revenir dans un long entretien sur les mythes entourant le discours du Front national sur l’immigration.

Lors de votre passage dans Salut les terriens! le 26 octobre dernier, Florian Philippot, a semblé perdre pied face à vos arguments concernant l’immigration. Considérez-vous que le programme du FN sur ce sujet ne soit pas assez analysé dans les médias ?

François Gemenne -  Beaucoup des arguments du FN, en matière d’immigration en tout cas, reposent sur des mensonges et des fantasmes. Il y a évidemment un défaut d’analyse des médias, mais c’est aussi notre responsabilité, à nous chercheurs, d’informer ces débats de société. Et donc nous portons une part de responsabilité dans ce défaut d’analyse, et nous devons intervenir plus souvent dans les médias pour apporter un éclairage scientifique à ces questions et montrer où sont les mensonges et les fantasmes. Mais plus fondamentalement, je pense que ce défaut d’analyse renvoie aussi à la faillite absolue du politique concernant le FN : ce dernier, au fil des ans, est parvenu à imposer son discours, son agenda, ses thèmes, comme éléments centraux du jeu politique. En réalité, d’une certaine manière, le FN est déjà à l’Elysée.

Sur l’immigration, la démission de la classe politique date des années 1980 : tant la gauche que la droite ont alors intégré le postulat central de l’idéologie du FN, à savoir que l’immigration était un problème, auquel il fallait trouver des solutions. Dès l’instant où l’on accepte cela, le FN a gagné. Je récuse avec force l’idée que l’immigration soit un problème, et les chiffres sont là pour le montrer. Je ne suis pas naïf ou aveugle non plus : je sais qu’il y a des problèmes liés à l’immigration, notamment dans certains quartiers; je sais qu’il y a des problèmes d’intégration, de discriminations, de délinquance… Mais je réfute absolument l’idée que ce soit l’immigration elle-même qui soit un problème. La gauche comme la droite, pourtant, ont peu à peu accepté cette idée, et depuis, le discours sur l’immigration n’est plus qu’un discours purement idéologique, qui est complètement détaché des faits et des réalités empiriques. C’est notre responsabilité à tous de remettre la réalité, les faits, au coeur du débat. C’est la responsabilité des chercheurs et des journalistes, bien sûr, mais aussi des politiques et des citoyens.

La réduction en 5 ans de l’immigration légale de 200 000 entrées par an à 10 000 entrées par an telle que le préconise le Front national est-elle réalisable ?

Même avec beaucoup d’imagination et de bonne volonté, j’ai du mal à imaginer une politique qui puisse être à ce point absurde et dévastatrice. En exagérant à peine, ça voudrait dire qu’on ne garderait que les footballeurs de la Ligue 1, les danseuses du Crazy Horse et les fonctionnaires de l’UNESCO ! Regardons les chiffres pour voir ce que cette proposition signifierait réellement : en 2012, selon l’INSEE, la France a délivré un peu moins de 200 000 permis de séjour (ça représente 0,3% de la population !). 91 000 de ces titres de séjour ont été délivrés au titre du regroupement familial, c’est à dire pour permettre aux époux et aux enfants d’immigrés de les rejoindre en France : c’est simplement une question de droits de l’homme, et si la France abandonnait cette politique, non seulement elle séparerait des milliers de familles, mais elle se mettrait au ban de la communauté internationale. Ensuite, 59 000 titres de séjour ont été délivrés à des étudiants : se passer des étudiants étrangers serait une catastrophe pour les universités et les grandes écoles. Au contraire, je crois que nous devons nous réjouir que tant d’étudiants étrangers veuillent encore faire leurs études en France. Puis il y a 19 000 titres de séjour pour des raisons humanitaires, il s’agit des réfugiés et de personnes déplacées par des guerres, des violences ou persécutées dans leur pays : si la France voulait réduire ce chiffre, elle devrait dénoncer la Convention de Genève de 1951 sur le statut de réfugié, une des plus anciennes conventions humanitaires, dont la France a été l’une des principales puissances instigatrices. Je vous laisse imaginer les conséquences à l’international. Enfin il y a eu 16 000 titres de séjour pour des raisons économiques, c’est-à-dire des immigrés qu’on a fait venir en France pour travailler dans des secteurs où on ne trouvait pas assez de main-d’oeuvre. J’imagine que c’est sur ce chiffre que le FN veut surtout jouer, mais cela veut dire que des secteurs entiers de l’économie seraient en grande difficulté : la construction, la restauration, la santé… Enfin il y a une catégorie résiduelle, avec 13 000 titres de séjour : ce sont surtout des visiteurs pour de longues périodes, ou des mineurs présents sur le territoire qui atteignent leur majorité. Passer de 200 000 titres de séjour à 10 000 serait non seulement tout à fait irréaliste, mais aussi catastrophique pour l’économie et la société françaises. Quand le FN fait cette proposition, il prend ses électeurs pour des imbéciles, il n’y a pas d’autre mot.

L’immigration est-elle responsable de la montée du chômage tel que l’affirme le FN depuis les années 70 avec son slogan « Un million de chômeurs, c’est un million d’immigrés en trop » ?

C’est comme si vous disiez : “s’il y a trop de jeunes chômeurs, c’est parce qu’il y a trop de jeunes !”. C’est aussi absurde que cela. Toutes les études, d’abord, montrent que l’impact de l’immigration sur le taux d’emploi (et donc de chômage) des populations autochtones est quasi nul. Par contre le taux de chômage de la population immigrée est plus important, c’est un fait : c’est dû notamment aux discriminations dont les immigrés font l’objet sur le marché de l’emploi, mais aussi à des politiques migratoires contre-productives, comme cette loi de 1991 qui interdit aux demandeurs d’asile de travailler pendant que leur dossier est en attente – ce qui prend parfois des années.

L’argument de l’immigration responsable de la montée du chômage n’est donc pas vérifié dans les faits, mais est de surcroît vicié à la racine, d’un point de vue économique : il repose sur l’idée qu’il y ait un stock  fixe d’emplois disponibles, et donc que tout accroissement de la population crée du chômage. D’abord, l’immigration ne compte que pour moins d’un cinquième dans l’accroissement de la population française. Mais surtout, nous vivons dans une économie tertiaire, c’est-à-dire une économie de services aux personnes, donc l’accroissement de la population crée aussi des emplois. Les immigrés, quand ils n’occupent pas des emplois dont les Français ne veulent pas, et dont les salaires ou les conditions de travail sont souvent indécents, ont aussi souvent créé leurs propres emplois, et des emplois pour les Français. Ils ont créé des sociétés, développé le commerce et les relations avec leurs pays d’origine, investi en France et dans leurs pays, souvent avec d’énormes capacités d’innovation. Les immigrés sont aussi des créateurs d’emploi et des investisseurs – l’immigration en elle-même, d’ailleurs, est souvent un investissement très lourd et très risqué pour les migrant(e)s.

Le FN continue de s’appuyer sur le rapport de Jean-Paul Gourévitch et de Pierre Milloz pour affirmer que l’immigration représente un coût économique pour la société française. Quel regard portez-vous sur ces rapports ?

Il faut distinguer les deux, qui ne disent d’ailleurs pas exactement la même chose. Pierre Milloz a longtemps été militant du Front National, et son rapport de 1990 sur le coût de l’immigration a été réalisé directement pour le Front National. Il en a ensuite publié plusieurs variantes, aux “Editions Nationales” puis aux “Editions Godefroy de Bouillon”, un éditeur d’extrême-droite spécialisé dans ‘les livres sur la religion musulmane’. Chacun en tirera les conclusions qu’il voudra quant aux conclusions du rapport. Pour ma part, je trouve cela relativement cohérent que le FN s’appuie sur un rapport qu’il a lui-même commandé et publié.

Le rapport de Jean-Paul Gourévitch est un peu différent, puisqu’il a été réalisé pour les “Contribuables Associés”, un collectif de militants qui se battent ‘contre l’oppression fiscale’. Il était peu vraisemblable, dans ces conditions, que le rapport estime que l’immigration a un impact fiscal positif. Jean-Paul Gourévitch, soit dit au passage, a depuis révisé ses chiffres, et estime désormais le coût de l’immigration à 5,5 milliards d’euros.

Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que ces deux rapport ne sont pas des rapports de recherche. Ce sont des rapports d’expertise, de consultance, réalisés pour un commanditaire particulier, dans un but précis. Je ne veux pas jeter l’opprobre sur les activités de consultance en général, mais il faut bien comprendre que ce n’est pas de la recherche effectuée dans l’intérêt général, ce sont des recherches effectuées pour un commanditaire spécifique – dans notre cas, le FN et les “Contribuables Associés”, respectivement.

Dans vos travaux, vous affirmez que contrairement aux Etats-unis, l’immigration représente un coût en France. Comment l’expliquez-vous ?

Ce ne sont pas vraiment mes travaux, mais plutôt ceux de l’OCDE et d’autres économistes. Selon les coûts pris en compte, on arrive généralement à un coût compris entre 4 et 10 milliards. Certains travaux – ceux de Xavier Chojnicki notamment – mentionnent même un impact fiscal positif. Mais la plupart des travaux s’accordent pour dire que ça représente un coût, assez léger mais un coût quand même. Mais la France est une exception en la matière. Aux Etats-Unis, mais aussi dans l’immense majorité des pays industrialisés, l’immigration rapporte bien plus qu’elle ne coûte. Pourquoi ne parvient-on pas, en France, à maximiser les bénéfices de l’immigration ? Avant tout parce que le taux de chômage des immigrés est plus élevé qu’ailleurs, notamment en raison des discriminations dont il font l’objet sur le marché du travail – quand on ne les empêche pas carrément de travailler, comme c’est le cas des demandeurs d’asile ! Et on sait le rôle essentiel que joue le travail dans l’intégration, outre ses bénéfices fiscaux évidents.

La France accueille t-elle davantage d’immigrés que ses voisins européens ?

Tout dépend des voisins dont on parle. Elle en accueille davantage que le Luxembourg ou la Belgique, certes – dans ce cas-là, le flux migratoire va plutôt dans le sens de l’évasion fiscale. Mais si on compare la France à des pays européens de taille comparable, on constate qu’elle accueille beaucoup moins d’immigrés. En 2011 par exemple, selon la base de données officielle de l’Union européenne (Eurostat), la France a accueilli 267 000 immigrés. Le Royaume-Uni, en comparaison, en a accueilli 566 000, l’Allemagne 490 000 et l’Italie 385 000. Et la France est d’ailleurs le pays qui affiche le solde migratoire (c’est-à-dire la différence entre les entrées et les sorties) le plus faible : 54 000 personnes. En 2011, il y a également 213 000 personnes qui ont quitté la France. Au Royaume-Uni, elles étaient 350 000, 249 000 en Allemagne et 82 000 en Italie. Sans l’immigration, la France perdrait chaque année plusieurs dizaines de milliers d’habitants.

Propos recueillis par David Doucet 

David Doucet

LES INROCKS 8/11/2013


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