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LE MYTHE DE L'ISLAMISATION
Essai sur une obsession collective

Raphaël Logier, professeur à l’Institut d’Etudes Politiques d’Aix en Provence, directeur de l’observatoire du religieux.

Les musulmans, dont le nombre s’accroitrait dangereusement, chercheraient à submerger et à dissoudre les culture nationales ; des organisations, telles qu’ « Eurabia » développent des thèses conspirationnistes ; il y aurait un axe secret arabe musulman européen, c’est pourquoi l’Europe développe une politique aveuglément proarabe et propalestinienne et laisse faire une immigration massive des musulmans déferlant sur l’Europe ; ces thèmes ne touchent pas que l’extrême droite, mais aussi la gauche laïque militante, par exemple « Riposte laïque ».

Le mouvement a clairement une dimension européenne : en 2010 se sont tenues des Assises internationales sur l’islamisation de nos pays.

Cette vision effrayée n’est pas restée l’apanage d’une poignée de militants radicaux ; elle s’impose avec force dans les discours diffusés dans les médias et les déclarations des politiciens : ainsi pour Ivan Rioufol dans son ouvrage « De l’urgence d’être réactionnaire », il faut réagir vigoureusement contre un peuplement nouveau qui envahit nos territoires.

La théorie de l’islamisation repose sur trois éléments principaux :

  • Un nombre croissant de musulmans qui submergeraient les populations européennes de souche ;

  • Une volonté d’en découdre avec l’Europe en vue d’imposer une civilisation fonde sur l’Islam ;

  • Face à l’indolence des européens aveugles à la transformation de leur culture mais aussi à l’occultation de danger par les intellectuels célébrant le multiculuralisme, l’Islam ne pourrait que gagner.

Eric Zemmour s’attarde plus volontiers sur l’intention musulmane d’imposer une contre société ; les intellectuels bien pensants sont la cible récurrente du polémiste ; Jan Sévillia, du Figaro Magazine, voit dans l’Islam le communisme du XXIème siècle ; Alain Finkielkraut met l’accent sur la renonciation des élites, les ravages du politiquement correct, la loi du silence devant l’évidence de la menace ; il serait indéniable que le Coran est un livre de guerre ; ce n’est pas seulement l’islamisme qui est à redouter, mais l’Islam en tant que tel et dès lors, les musulmans dans leur ensemble.

L’idée d’une autocensure des médias et d’un traitement public favorable à l’Islam est aussi défendue par la démographe Michèle Tribalat.

Pour l’éditorialiste du Financial Times, Christopher CALDWELLE, dans son ouvrage « Comment l’Islam va transformer la France et l’Europe », préfacée par Michèle Tribalat, l’Islam est inassimilable, il a une volonté de conquète, la volonté d’imposer sa propre culture et son mode de vie aux dépens des valeurs européennes ; pour éviter la défaite finale, il faudrait engager franchement le combat dès maintenant ; ce discours est partagé par un grand historien Bernard Lewis.

Ce discours se banalise, porté par des personnalités renommées ; 76% des personnes interrogées sont convaincue que l’Islam progresse trop en France ; 42% perçoivent cette religion comme une menace.

L’étude de Liogier montre que l’idée selon laquelle la France serait en phase d’islamisation relève purement et simplement du mythe.

COMMENT L’AUTRE QUI NOUS SUBMERGE EST DE VENU LE MUSULMAN

L’anxiété collective d’un débordement démographique date des années 50 en Europe ; il semble aux européens que l’écart entre leur monde vieillissant et opulent, se dépeuplant dangereusement et un monde jeune et affamé se surpeuplant, risque de les conduire à la catastrophe ; cette thèse est défendue en France par Alfred Sauvy et par Enoch Powell en Grande Bretagne : les Britanniques ont affaire à une désappropriation collective, le pays est défiguré, l’homme de couleur est synonyme de chaos, de désordre, de souillure.

Cette prophétie d’un désastre démographique trouve son expression la plus aboutie dans le livre de Jean Raspail ; Le CAMP DES SAINTS, publié en 1972.

Après le thème du débordement démographique apparait celui de la corruption des élitesnqui savent la débacle annoncée, mais continuent à en appeler au dialogue, à l’antiracisme, à la tolérance.

La décolonisation a eu avant tout pour but d’endiguer la pression démographique des peuples colonisés.

La mutation du regard européen sur l’Islam est survenu en 4 étapes :

Au XIX ème siècle, un regard fasciné.

Au XX ème siècle, un regard méprisant avec l’importation de main d’œuvre bon marché, souvent illettrée, symbole d’archaïsme ; le musulman est moins stigmatisé en raison de sa foi que méprisé pour son identité d’immigré, la couleur de sa peau, sa langue, sa culture.

A partir de 1980, c’est un regard effrayé devant des foules hurlantes et incontrôlables ; le terrorisme, c’est la révolution iranienne qui va transformer le regard occidental ; c’est à cette époque que les banlieues deviennent des espaces difficiles à gérer ; en même temps survient la crise économique ; l’Europe prend conscience que les immigrés sont définitivement installés chez elle et que leurs enfants sont des citoyens à part entière ; on assiste au passage de minorité passive à minorité active ; la stigmatisation subie par elurs parents a nourri un sentiment de révolte chez les jeunes.

Les banlieues deviennent le lieu d’une revendication identitaire d’un nouveau genre qui passe par la promotion d’une culture particulière : langage, modes vestimentaires, et d’une réappropriation de l’islamité.

Simultanément des groupes terroristes frappent la France.

Tout au long de la décennie 1980, l’image internationale de l’Islam ne cesse de se détériorer : assassinat de Sadate,attentats en Algérie, fatwas de Khomeiny.

Les attentats du 11 septembre 2001 provoquent un traumatisme en Occident.

Dans le même temps l’Islam des nouvelles générations d’européens est de plus en plus visible : halla, voile, fréquentation des mosquées.

En même temps, l’Europe fait face à une crise d’identité ; les USA mènent une politique antijihad en solitaires ; c’est sur l’Islam que se focalise cette crise d’identité ;son impossible intégration, sa montée irréversible, sa visibilité outrancière.

L’ISLAM COMBIEN DE DIVISIONS ?

76% des français pensent que les musulmans sont trop nombreux ; les médias relaient massivement cette opinion ; l’intrigue centrale se résume à raconter l’histoire anticipée de la mort de l’Europe, une vidéo américaine intitulée » génocide des européens » circule partout et fait partie de ces montages fantasmatiques qui réunissent les points essentiels de l a démonstration ; l’Europe va devenir musulmane ; et ils se reproduisent à un rythme effréné : à terme la France sera une République islamique.

L’idée d’une natalité musulmane spécifique qui serait au moins deux fois supérieure à la moyenne est devenue une évidence sur internet ; dans cins ans l’Islam dominera le monde.

Vers une Europe islamique ?

L’Europe serait habitée secrètement par 50 millions de musulmans ; ces chiffres sont lancés par des gens crédibles tels que le journaliste canadien Mark Steyn ; le génocide européen est dû au multiculturalisme et à la social démocratie, bref à la trahison des élites bien pensantes ; selon cet auteur, les musulmans devraient représente 40% de la population européenne d’ici à 2020.

Sachant que les musulmans représentent actuellement 4% de la population européenne, on ne comprend pas comment, en moins d’une génération, ce pourcentage pourrait être multiplié par dix ; les hypothèses les plus hautes conduisent à estimer ce pourcentage à 10% dans un siècle !

Le ballet des chiffres fantaisistes ne s’arrête pas : nombre de femmes voilées, nombre de mosquées (2368 en 2011).

Ces chiffres sont répétées inlassablement lors des conférences et des débats ; il est important de mettre à plat les données sérieuses dont on dispose.

Une bombe démographique ?

L’Islam serait en soiplus nataliste que les autres confessions (Michèle Tribalat), comme s'il existait une spécificité musulmane en la matière distincte du contexte économique et social ; des travaux de démographes ( Emmanuel Todd) ont pourtant montré que l’Islam n’était pas une variable pertinente pour expliquer une forte natalité ; la plupart des pays musulmans sont en pleine transition démographique ; le facteur déterminant d’une forte baisse de la natalité est le taux d’alphabétisation.

Dans le pays musulman le plus peuplé, l’Indonésie, où le taux d’alphabétisation dépasse les 50%, le taux de fécondité a chuté à 2, 08 enfants par femme , inférieur au seuil de remplacement ; en Iran, le taux de fécondité est passé de 7 enfants par femme en 1960 à 1,7 en 2009. Ce qui démontre que l’on a affaire à un mouvement de transformation profonde des modes de vie incontrôlable politiquement ou religieusement.

En Turquie, le taux de fécondité a fortement décru ; il oscille entre 1,9 et 2, 18 enfants par femme.

Le taux de fécondité baisse partout : 2 ,68 en Egypte, 2,19 au Maroc,1,75 en Algérie.

Le Maghreb dans son ensemble qui est avec la Turquie au cœur de l’angoisse européenne d’islamisation a connu la plus forte baisse du taux de fécondité au monde en dehors de la Chine et de l’Iran.

Un djihad nataliste ?

Il n’est pas facile d’obtenir des chiffres clairs sur le nombre de musulmans en France ; selon les critères retenus l’évaluation va de 3,6 à 6 millions d’individus ( critère de l’origine) ; une étude Insee/Ined, basée sur les déclarations, aboutit à 2, 1 millions d’individus.

Selon une fourchette moyenne, les musulmans représenteraient entre 3,5 %et 5% de la population dont la moitié de citoyens français ? Entre 3 et 5 % en Allemagne, 4,3% en Suisse, 5,2 au Pays Bas ; 2,7% au Royaume Uni ; la Russie est le plus grand pays musulman d’Europe : 16 millions soit 11,7% de sa population.

Au total, l’Europe compte environ 38 millions de musulmans soit 5,2% de sa population ; dans l’UE, la fourchette s’établit entre 12 et 16 millions, soit entre 2,4% et 3 ,2%.

On voit mal comment l’Europe risque d’être submergée ; il faudrait une très forte natalité ; le taux de natalité s’aligne sur la moyenne de la population européenne ; en France le taux de fécondité des musulmanes serait de 2,2 enfants par femme alors que la moyenne nationale se situe à 2,1.

De 1990 à 2005 la fécondité des européennes de souche s’est stabilisée alors que celle des européennes musulmanes n’ a cessé de décroitre en raison notamment de la crise économique et sociale.

Un déferlement migratoire :

Pour que l’hypothèse de la bombe démographique ait un semblant de vraisemblance, il faudrait que cet affaissement du taux de fécondité des musulmanes soit compensé par une immigration massive.

L’idée d’une progression massive de l’immigration est fausse pour la France et l’ensemble des pays de l’UE pour la France ? Le taux d’accroissement migratoire était de 1,1 pour 1000 en 2009, quasiment le même depuis 1980. Il est stable depuis près de 30 ans à peu près partout en Europe et dans l’UE.

Ces seules données suffiraient à invalider la thèse de l’envahissement migratoire musulman et de l’éventuel remplacement d’une population par une autre ; mais il faut entrer dans le détail : les populations originaires de Maghreb représentent 30% des émigrés de France ; des autres pays africains 12, 5%, d’Asie 14,2%, d’Europe : 38% ; mais depuis 1990, la part des asiatiques et des américains du sud s’est accrue considérablement.

Pour l’ensemble de l’Europe, le fait le plus marquant est l’emballement de l’immigration en provenance d’Europe de l’Est : polonais, roumains, : en 2008, les flux vers l’UE étaient les suivants roumains : 340000, polonais : 266000, marocains : 157000, chinois : 97000.

Il ne s’agit pas principalement d’une immigration de peuplement : 65% des immigrés viennent en France pour travailler ou étudier, 20% pour des raisons familiales.

Tous convertis ?

Le dernier recours pour le grand chambardement est la conversion, mais il faudrait qu’elle soit vraiment massive ; en France, les estimations se situent entre 30000 et 70000 convertis ; nous aurions 3600 conversions par an ; il y aurait 1600 convertis proches de l’Islam radical soit 2% des convertis.

Ce rythme n’a rien de spectaculaire bien que devenir musulman soit extrêmement facile ; il y aurait 40 conversions par jour dans l’UE à comparer avec les 10000 conversions par jour du christianisme évangélique ; l’ensemble de la planète est touché par le raz de marée évangélique.

DE LA SUBVERSION PASSIVE A L’INVASION INTENTIONNELLE

Etat de siège

Il n’y a aucune montée spectaculaire de l’Islam en Europe ; alors pourquoi cette vision d’une marée musulmane balayant tout sur son passage ?

Plus l’islamité se montre, plus ce qu’elle cache est gros de danger ; les arabes apparaissent comme des envahisseurs conscients de leur malignité, des terroristes en puissance, ils visent la destruction des valeurs européennes ; le musulman est devenu l’ennemi de l’intérieur, il profite du système, se reproduit de façon effrénée, il vit grâce aux allocations familiales ; il veut imposer sa manière de vivre ; il y a un risque de communautarisme.

Ave le voile intégral, le pays a semblé se rassembler pour lutter contre un péril éminent et gigantesque : cinq régistres ont été mobilisés : le registre féministe et la dignité de la femme, le régistre sécuritaire, théologique, épidémique : la gangrène intégriste envahit nos cités.

S’il n’y avait pas ce sentiment collectif d’urgence face à la prolifération d’un mal, les produits hallal, le voile ne donneraient sans doute pas lieu à un tel déchainement.

Trop musulman pour être honnête

Il existerait un complot musulman visant à détruire l’Europe, à faire disparaitre sa culture ; l’UIOIF est accusée faussement (Caroline Fourest), ainsi que l’auteur lui-même et l’observatoire du religieux ; Tariq Ramadan est un cas emblématique.

Pataphysique de la conspiration

Le soupçon de conspiration se concentre sur les formes de communautarisme ; il y a trois niveaux dans la théorie de la conspiration :

  • Le niveau basique : repose sur la croyance qu’une guerre secrète est en marche ; des plans de guerre sont élaborés.

  • Il existe des versions géopolitiques plus élaborées : Samuel HUNTINGTON s’appuie sur l’idée d’une conscience commune des sociétés musulmanes ; une future guerre opposerait forcément des groupes civilisationnels ; il n’est pas très éloigné de la thèse d’Eurabia ; l’Europe serait devenue l’alliée du terrorisme islamique ; Eurabia postule que l’Europe matérialiste corrompue s’est vendue au monde arabe, devenant le marchepied de l’islamisation de l’occident ; cette thèse est reprise par Philippe Nemo : cette position est soutenue par tout un réseau de clubs comme l’Institut Thomas More.

L’Islam serait le facteur central du renversement identitaire de l’Europe selon Renaud CAMUS. Ces idées sont partagées par des journalistes comme Ivan Rioufol ou Jean Sevillia du Figaro Magazine ; nous aurions vécu à partir des années 1970 une révolution silencieuse ayant abouti à travers le relativisme, la transgression, le droit à la différence, l’individualisme, le chacun pour soi, le principe du plaisir, à une société éclatée ; la pénétration de l’Islam serait l’expression de la capitulation devant cette maladie qui gangrène le corps européen ; la fausse libération des années 1970, expression de la dégénérescence, de l’abolition des valeurs authentiques ne pouvait qu’aboutir au vrai totalitarisme de l’Islam ; celui-ci est le prétexte, l’image repoussoir qui permet de fonder une nouvelle idéologie populiste.

Le musulman métaphysique

Cette nouvelle sensibilité populiste aboutit à une version mystique de la conspiration ; à travers les moindres signes de la foi musulmane, les européens semblent lire leur propre manque de foi et l’angoisse qui en résulte qu’ils convertissent en haine du musulman ; il est clair que l’islamoparanoiaque est avant tout un homme qui a peur ; de lui-même, de sa liberté, du changement, de la société et du monde.

Tous les êtres humains agissent pour une variété de raisons, seuls les musulmans seraient to le musulman serait solidaire de tous ses frères en vue de l’accomplissement d’un unique objectif, toujours et seulement mus par leur appartenance religieuse ; dans ses moindres actions, il s’appliquerait à faire gagner du terrain à l’Islam ; selon la logique de la conspiration, le musulman consacre son existence à l’expansion de la vérité de l’Islam.

Il est à la fois trop visible et en même temps, il se cache, fourbissant ses armes en sous sol.

Le musulman reste le même, au-delà de toutes les différences concrètes, mais absolument différent de nous ; il n’a pas d’âme individuelle, il n’est qu’un collectif conquérant.

Presque chaque ligne de l’ouvrage de Sartre, « Réflexions sur la question juive » s’applique à la situation actuelle du musulman.

Les idéologues du mythe de l’islamisation échafaude des systèmes à partir desquels ils prophétisent, réinterprètent l’histoire, le processus à l’œuvre depuis longtemps ; dès lors, les malheurs qui s’abattent sur notre existence ne sont pas absurdes, ils ont une signifacation profonde, parce qu’ils ont une cause identifiable ; si rien ne va plus, c’est que le musulman est là qui souffle la discorde.

LE THEATRE DESTRUCTEUR DU MYTHE DE L’ISLAMISATION

L’interprétation délirante des apparences

Le mythe doit s’appuyer sur des faits qui le rendent crédibles ; ceux qui y adhèrent ressemblent à des paranoiaques qui cherchent sans cesse à confirmer objectivement leur interprétation du réel ; ils guettent le moindre fait, ils cherchent partout des signes pour confirmer ; les signes qui pourraient contredire le diagnostic ne sont pas vus.

Cette mise en scène morbide élimine tous les autres scénarios possibles ; Nous pouvons énumérer six faits à partir desquels l’islamoparanoiaque réussit à construire son scénario.

- L’intensification du sentiment religieux chez les musulmans, surtout jeunes ; les mosquées sont trop peu nombreuses : il n’y a que 90 mosquées et 1962 salles de prière en métropole contre 3000 lieux de culte protestants ; les mosquées sont construites au compte gouttes : il y a une dizaine de rues concernées par les prières collectives le vendredi après midi, parce que les musulmans n’ont pas d’autres lieux ; la vision paranoiaque de l’envahissement renverse la causalité du problème : les musulmans chercheraient à porter atteinte à la République laique en occupant les rues.

78% des musulmans accordent beaucoup ou assez d’importance à la dimension religieuse de leur existence alors que seuls 24% des catholiques donnent une telle place à leur foi.

Le regain de la foi musulmane pourra être interprété comme un signe d’islamisation voire comme une cause de la perte de foi des catholiques.

Il ne faut pas non plus confondre le développement des produits hallal ou de la finance islamique avec un éventuel désir de s’imposer ; le CFCM demande simplement que soit offerte la possibilité de choisir un menu végétarien.

- Le deuxième phénomène est la concentration des populations musulmanes dans les grands centres urbains ; mais là encore, la causalité est inversée, on dira que les musulmans se sont emparés de quartiers entiers alors que tout simplement, ils y ont été regroupés.

- Le troisième phénomène est connecté au précédent : il s’agit de l’existence d’une forte délinquance, du trafic de drogue, de réseaux criminels et de la violence ordinaire ; une grande partie des délinquants sont d’origine maghrébine tout simplement parce qu’ils constituent la population majoritaire des quartiers ghéttoisés ; les délinquants font toujours majoritairement partie des groupes les plus fragiles économiquement et socialement.

L’Islam n’est en rien une variable déterminante de la délinquance ; ce serait même le contraire ; la nouvelle ferveur musulmane n’est pas source d’instabilité mais au contraire une réaction contre la précarité et la violence.

Les musulmans de ces quartiers souffrent des agissements des racailles dont ils ne se sentent en aucun ca s solidaires ; il n’existe pas, de solidarité entre les voyous de banlieue et la masse des musulmans.

- L’islam dans les banlieues, un vecteur de radicalisation islamiste ? Voir le rapport de Gilles Kepel ; mais on pourrait évoquer aussi les évangélistes qui se développent à grande vitesse dans le 93.

Giles Kepel montre que ce n’est pas parce que une majorité de musulmans résident aujourd’hui dans le quartiers du 93 que ces quartiers sont sensibles, fragiles, au bord de l’éclatement mais parce que ces populations s’y sentent délaissées, éloignées du reste du pays, vivant dans une misère matérielle mais surtout symbolique.

Les enquêtes montrent que l’Islam est pour la majorité des habitants des quartiers un facteur régulateur, pacificateur des rapports sociaux ; un tissu associatif trsè dynamique soutient la population.

Mais pour certains jeunes de banlieue, ce n’est pas l’Islam en tant que doctrine qui attire mais le radicalisme entant que tel, la révolte contre les puissants et le fait même que cette religion suscite la crainte.

La projection d’un antisémitisme islamique participe de ce théâtre d’ombres, cf Pierre André Taguieff, Finkelkraut.

Cet antisémitisme est construit et entretenu par le spectre de l’islamisation ; les actes antisémites sont en constante baisse depuis ces dix dernières années alors que dans le même temps, les actes antimusulmans sont en forte hausse.

Il est de plus en plus fréquent d’entendre « il faut arrêter de s’écraser devant eux » alors que les musulmans ont le sentiment inverse d’être méprisés, maltraités, systématiquement visés par les lois ; ce ressenti s’est considérablement accentué avec les nouvelles générations :

- Appartenance confessionnelle et appartenance nationale : des solidarités concurrentes ?

Il est indéniable que se développent dans ces quartiers des mouvements extrêmistes ;à partir de ces individualités et de ces groupes, que l’on relie aux islamistes radicaux étrangers, l’on déduit l’existence d’une solidarité générale entre les européens musulmans, les Etat arabes et les terroristes ; l’affaire des caricatures de MAHOMET fournit un exemple typique, caricatural, d’une telle confusion ; toutes les hypothèses conduisent à la conclusion d’une manipulation ; les principales victimes sont bien les musulmans européens.

les manifestations de réactions à des positions jugées antimusulmanes restent pourtant très rares.

La plus grosse manifestation de musulmans a réuni 3000 personnes en 2003 en France contre l’interdiction du foulard à l’école : les musulmans de France se sont soumis à la loi de 2004 ; pourtant cette loi représente une véritable offense publique.

Les médias se focalisent sur les déclarations des leaders islamistes qui cherchent à impliquer les musulmans européens dans leur guerre ; l’atmosphère para noïaque et discriminatoire à l’encontre des musulmans européens est au service des intérets des islamistes.

Le Coran ? Un bréviaire de conquête antimoderne ?

Pour Michel Onfray, avec le Coran, on n’est pas dans une logique républicaine mais misogyne, agressive ; on se réfère au Coran pour démontrer que l’Islam réclame une soumission totale à sa vérité ; trois points cruciaux se trouvent dans ce raisonnement :

  • La soumission absolue et universelle exigée par le Coran, qui ferait de l’Islam une religion plus fanatique et conquérante que les autres ; mais un humanisme musulman très tolérant s’est développé.

  • La non séparation du politique et du religieux : mais dès l’origine il existe une distinction entre le spirituel et le temporel.

  • La violence du Coran, notamment envers les femmes : or l’excision n’est pas recommandée par l’Islam, le voile n’est pas une obligation, le coran n’incite pas à la polygamie ; les sociétés musulmanes la pratiquent assez peu ; la polygamie a tendance à se réduire avec le développement de l’alphabétisation.

  • Certes le verset 34 de la quatrième sourate qui recommande de battre son épouse en cas d’insoumission est archaique ; il faut renoncer à une lecture littéralistes du Coran ; pour les relativistes, le Coran est un texte historiquement situé qui peut être amendé et critiqué : c’est vrai aussi pour la Bible.

  • Huis clos : le norvégien Breivik vivait avec l’obsession que l’Islam était en train de grignoter la Norvège, l’Europe et le monde ;ses victimes n’étaient pas musulmanes mais coupables d’être trop libérales, le français Merah et le norvégien Breivik sont les deux faces de la même pièce ; ils sont produits par un même système fantasmatique.

Dans ce théâtre paranoiaque, chacun dispose d’une place naturelle ; quatre type d’acteurs se meuvent sur la scène de l’islamisation : le héros solitaire en lutte contre l’islamisation, notamment dans les médias ; le peuple trompé, le traître à abattre, multiculturalistes complices, voire coupable du déclin européen, le djihadiste qui est partout et nulle part ; c’est l’occupant à combattre.

LE NOUVEAU POPULISME EUROPEEN

Partout en Europe, des campagnes sont menées contre l’Islam ; il faut organiser la résistance, puisque nous sommes en guerre ; c’est une guerre entre l’islam et la culture occidentale ; la riposte doit être radicale.

Le musulman vivant sur les terres européennes est considéré comme responsable du terrorisme islamique ; il est légitime de prendre des mesures de représailles contre lui ; il faut agir sur les populations à notre portée.

La lutte contre l’islamisation est devenu l’unique programme des extrêmes droites européennes.

Ce populisme peut aussi bien venir de la gauche ; en Italie Oriana Fallaci est une personna lité de gauche ; de même Thilo Sarrazin en Allemagne (auteur du best seller : l’Allemagne s’autodétruit).

Ce nouveau populisme est devenu le centre de gravité du jeu politique en Europe.

Extension géopolitique du domaine de la lutte

  • La question de l’intégration de la Turquie à l’Europe ramène à une image effrayante celle d la dilution des peuples européens dans une surpopulation allogène ; le monde musulman possèderait une essence fondamentalement incompatible avec le monde européen ;

  • Le partenarait euromed ou processus de Barcelone est aujourd’hui entièrement conditionné par le souci d’endiguer le péril islamique.

DEVOILEMENTS ET AVEUGLEMENTS

Une ambiance collective paranoïde

D’après une enquête IFOP de 2012 « Le regard des européens sur l’Islam »

  • Plus de 40% considèrent que les musulmans constituent une menace pour l’identité de leur pays ;

  • Plus de 60% pensent qu’ils ne sont pas intégrés à la société ;

  • Plus de 60% pensent que si les musulmans sont mal intégrés c’est pas refus de l’être ou en raison de trop fortes différences culturelles ;

  • Plus de 50% considèrent que l’influence et la visibilité de l’Islam dont trop importantes.

Le principal problème tiendrait au fait que ce sont eux qui refusent de se mélanger à nous ; pourtant les musulmans parlent très peu d’eux-mêmes, leur parole n’est pas relayée dans les grands médias ; ils ne sont quasiment pas invités à participer aux débats : ex la Commission Stasi ou la commission d’information parlementaire qui n’a pas cherché à s’informer, mais plutôt à confirmer par tous les moyens une image effrayante.

Des mesures prophylactiques liberticides

Les liberté publiques sont peu à peu remises en cause, accroissant les discriminations à l’encontre des musulmans ; à un certain point, la laïcité et les droits de l’homme sont incompatibles ; la loi de 2004 sur les signes religieux à l’école représente un détournement caractérisé du sens de la neutralité républicaine.

L’UMP lancera en fanfare en 2011 un débat sur « L’Islam dans la République » avec 26 propositions restrictives (sorties scolaires, gynécologie, entreprises privées, structures sociales assistantes maternelles, etc).

Le pire, ce sont les interprétations sauvages de ces lois discriminatoires et le signal donné que l’on peut désormais s’en prendre aux musulmans.

Le rôle de héros en lutte contre l’islamisation de l’Europe est tenu par un nombre croissant de personnes ; il y a une très forte augmentation des actes islamophobes ; ce sont les femmes qui sont visées en priorité par les discriminations quotidiennes ; cette politique contribue à les exclure en pratique de la vie sociale et éducative et du marché de l’emploi.

La chasse ne semble pas connaître de limites ; au nom de la lutte contre l’islamisation, nous serions prêts à anéantir le code de la nationalité et à instaurer une citoyenneté à deux vitesses.

Nous risquons de n’être qu’au début d’un processus liberticide si les gouvernants s’appliquent à suivre les désirs de leurs électeurs (par exemple pour la construction de mosquées).

L’hypermodernité musulmane et le contresens européen

Plus on parle de l’islam moins on écoute ce que disent les musulmans.

Montrer comme le fait Franck Frégosi que l’Islam contemporain est non seulement compatible avec la laïcité, mais qu’il s’est déjà acclimaté dans l’espace français ; ne suffira pas à déraciner les clichés qui en font une civilisation unitaire rivée à une interprétation littéraliste du Coran ; il existe pourtant de profondes luttes culturelles dans toutes les sociétés musulmanes.

Une hypermodernité se développe : chez les femmes, dans l’alimentation (fast food halla), dans la finance islamique.

On observe aussi un fort développement de postures salafistes fondamentalistes ; trois tendances peuvent être distinguées : les quiétistes apolitiques, les politiques légalistes, les révolutionnaires pour le jihad armé ; or le mythe de l’islamisation , en accréditant la version salafiste jihadiste, pourtant extrêmement minoritaire, finit par le renforcer.

Pour perdurer les organisations islamiques et les réseaux terroristes ont un intérêt vital à ce que les musulmans européens ne se sentent pas chez eux, ils ont intérêt à envenimer les antagonismes imaginaires, source de violence antimusulmane, pour attirer dans leurs filets des populations humiliées.

Telle est l’ultime planche de salut de l’islamisme : que la croyance en un péril islamique provoque des actions arbitraires contre des citoyens européens afin d’en faire des soutiens ; les islamistes ont pour alliés objectifs les nouveaux populistes européens.

CONCLUSION

L’Islam est une religion comme les autres avec ses modérés et ses fanatiques ; mais la regression de la pensée et de la pratique humaniste musulmane date du 18ème siècle ; face aux sociétés musulmanes, les européens s’imposent sans partage militairement, politiquement, économiquement et culturellement.

Au 19 ème siècle toute la région est vassalisée ; l’islamisme est né de cette humiliation ; il a transformé la religion en idéologie de combat ; trois grands thèmes apparaissent à l’aube du XX ème siècle : antisémitisme, anticapitalisme, antimatérialisme.

Pendant la guerre contre les soviétiques, l’Afghanistan est devenu le camp d’entrainement principal des futurs terroristes.

L’eschatologie sociale islamique s’est substituée au communisme révolutionnaire ; mais les principales autorités religieuses musulmanes de par le monde, condamnent sans appel les attentats suicides au nom de la parole coranique ; de même que le terrorisme dans son ensemble.

Si l’Islam est aujourd’hui l’instrument privilègié du terrorisme, c’est en raison de la blessure narcissique éprouvée par le monde musulman depuis le 18 ème siècle.

On peut pousser l’analogie ou le parallèle avec l’islamoparanoia qui se développe actuellement en Europe ; la blessure narcissique n’est elle pas là encore la clé du mythe ?

Parce que Europe est faible, que les européens se sentent menacés par la globalisation, qu’ils ne réussissent plus à courir en tête dans la compétition mondiale, ils ont besoin de désigner un ennemi intérieur.

L’Europe est nostalgique de sa gloire passée ; les européens ne savent plus qui ils sont, mais ils croient savoir qui ils ne veulent pas devenir ; c’est ce qu’ils disent aux musulmans lorsqu’ils leur reprochent de résister à l’assimilation totale.

Les musulmans ne sont pas seulement les boucs émissaires des crises économiques et sociales nationales, mais celui d’une crise d’identité européenne ; verdict du tribunal : à cause de l’ennemi musulman, non pas à cause de la marche du monde, non pas à cause des superpuissances montantes, l’Europe ne sera plus jamais ce qu’elle a été.




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