S'informer

_____________


Lettre d'information


Ethique
» Paroles de philosophes
» Paroles de théologien
» Message de Justice & Paix
» Paroles d'église
» Message d'évêques
» Paroles de prêtre
» Conférence de carême

Politique
» Discours du président
Économie
» Immigration, trésor oculte
» Immigration dans l'UE
» Immigration pour l'UE

Ouvrages et dossiers
» Enquête journal LA CROIX
» Cette France-là
» Enzo Bianchi
» Immigrants
» État des lieux 2012
» Causes communes 72
» L'invention de l'immigré
» Vivre ensemble
» Atlas des migrations
» Rapport INSEE
» Un imam en colère
» Le Mythe de l’islamisation 

Expertise
   Les experts
» Catherine DE WENDEN

» François HÉRAN
» Gérard NOIRIEL
» Lionel RAGOT
» Maryse TRIPIER
» Patrick WEIL
» Intervenants aux SSF
» François GEMENNE

   Rapports d'experts
» Rapport du CERAS
  • Synthèse
  • Contenu
» Rapport du HCI

» Publication de l'INED
» Rapport du CRID
  • Synthèse
  • Document
» Lettre du CEPII
» Conférences des SSF
  • 85e session
  • Conclusion
  • Session 1997
» Rapport OCDE
» Chiffres et émigration

Qu'as-tu fait de ton frère musulman ?
» Roucou Christophe
» Relations avec l'Islam
» Peur de l'Islam
» Religion musulmane
» Sondage sur l'Islam
» Message du Pape François
» Islamophobie
» Le prêtre et l'imam
» Malek Chebel
» Tareq Oubrou


Qu'as-tu fait de ton frère roms ?
» Amnesty international
» CNDH Romeurope
  • Composition
  • Historique
  • Textes européens
  • Guide
  • Rapport
» Secours catholique
  • Intégration
  • Pas d'amélioration
» Romonfaitquoi
  • Présentation
  • Propositions
» Église catholique

Fantasmes, mensonges et manipulations
» Mensonges et fantasmes du FN
» Fantasmes et manipulations
» Immigration et délinquance
» Mythe de l'Islamisation

Carton rouge
» Étrangers malades
» Enfermement enfants
» Fabrique d'une idée fausse
» Témoignages en préfecture
» Enfants des campements
» Famille en rétention
» Plus de devoirs, moins de droits
» Rapport rétention 2011
» La France et l'étranger


Coups de
» CEDH
» Site sur les migrations
» À la rencontre du frère
» Les cercles de silence
» Capitaine au secours de migrants
» Femmes musulmanes de la LICRA


QUESTIONS ET RÉPONSES SUR L'ISLAM

D’après l’ouvrage LE PRÊTRE ET L’IMAM aux ÉDITIONS BAYARD

Nous postulons que l’autre est un frère en humanité parce que nous croyons que Dieu nous a créés les uns et les autres.

Les croyants qui sont confrontés à la diversité culturelle et religieuse et aux difficultés de la vie, peuvent par leur exemple, contribuer au renouvellement des sociétés.

Se dessine dans ces pages une pédagogie du dialogue qui consiste à former mes communautés à la différence, à la capacité de voir l’autre comme un don et non comme une menace ; le dialogue intererreligieux est bien autre chose que l’enthousiasme du cœur ; c’est un engagement qui suppose une certaine ascèse, une discipline et beaucoup de patience ; le dialogue peut être l’appel de Dieu à la fraternité universelle ; la prière nourrit le dialogue et l’oriente vers la vérité ; le chemin qui mène à Dieu passe par l’homme et le plus grand service que nous pouvons rendre à nos frères en humanité c’est de faire le bien, de se comporter en croyants crédibles capables d’aimer même son ennemi et de servir tous les hommes.

On ne dialogue pas seulement pour apprendre à vivre ensemble, mais pour vivre ensemble comme des chercheurs de Dieu.

DEUX APOTRES DU DIALOGUE

TAREQ OBROU, grand imam de Bordeaux : « La laïcité n’est pas une propriété privée de la culture occidentale ; Averroes a largement contribué à la sécularisation occidentale ; tout l’enjeu d’aujourd’hui pour les sociétés musulmanes est d’inventer leur propre sécularisation à partir de leur tradition religieuse, leur histoire, leurs réalités sociologiques ; on évite ainsi que la religion soit instrumentalisée.

En l’étudiant, j’ai découvert les variantes et l’extrême complexité de l’Islam ».

Il adhère à l’UOIF, branche des Frères Musulmans qui au début des années 1980, est le premier à promouvoir le slogan d’un Islam de France.

«  Le problème essentiel auquel est confronté l’Islam de France est de trouver le bon équilibre entre intégration et identité, modernité et authenticité.

Que signifie « intégration » ? Est-ce l’exigence, formulée par tous, quelle que soit son origine ethnique, sociale ou sa croyance d’obéir aux mêmes lois, de se soumettre aux mêmes devoirs ? Ou celle imposée aux populations d’origine immigrée, d’adopter le mode de vie, la manière de se comporter, de manger, de s’habiller des autochtones ?

Comment comprendre la laïcité ? Est-ce la laïcité idéologique hostile aux religions qui voudrait que le croyant soit invisible ? Ou la laïcité juridique, qui permet au citoyen d’exprimer ses convictions religieuses en privé et en public, individuellement ou collectivement, comme le stipule la Convention Européenne des droits de l’homme qui engage la France ?

Je considère qu’il est souhaitable de promouvoir une intégration qui ne soit pas une assimilation ; ma thèse personnelle est la suivante : toute religion qui se respecte doit intégrer la culture dans laquelle elle se développe pour mieux s’adapter.

« J’ai vécu l’interdiction du foulard comme un choc existentiel : je n’ai pas compris cette violence qui nous était faite ; comment la France, pays de la liberté, pouvait décider d’une loi qui stigmatisait notre communauté comme une population arriérée, inassimilable, voire dangereuse ; puis j’ai compris que pesait sur les relations entre français de souche et français d’origine immigrée un si lourd passif que toute revendication identitaire des musulmans est vécue comme une agression qui dope les peurs de l’opinion.

J’ai relu le Coran, j’ai parcouru toutes les traditions théologiques de l’islam pour arriver à la conclusion qu’il ne fallait pas confondre l’identitaire avec l’esprit d’une religion ; j’appelle les musulmans à se réconcilier avec eux-mêmes ; ne nous trompons pas de combat ; notre présence en France, en tant que croyants, ne peut pas reposer uniquement sur l’exhibition de signes extérieurs ; il ne s’agit pas d’étendre toujours plus notre visibilité ; il faut mettre l’accent sur les pratiques intérieures et les actions au service de l’ensemble de la société, en faveur des pauvres et des exclus en tout genre par exemple.

PERE CHRISTOPHE ROUCOU

Il dirige le Service National pour les relations avec l’ISLAM.

« La présence d’une communauté musulmane en France est un fait incontournable ; la théologie doit prendre en compte cette réalité ; mais le dialogue puise sa source dans autre chose : comme chrétien, j’ai la conviction que l’histoire est le lieu de la révélation de Dieu ; l’ESPRIT DE Dieu n’est pas absent de l’histoire d’aujourd’hui ; regardez l’histoire c’est aussi percevoir les appels de Dieu, les signes qu’il nous adresse ; en quoi la présence de musulmans peut-elle être perçue, pour nous catholiques, comme un des signes des temps ?

Le Cardinal Tauran a coutume de dire que la présence des musulmans en Europe est une chance pour réveiller la foi des catholiques.

J’ai été envoyé en mission dans les pays arabes, d’abord en Algérie puis en Egypte, après avoir appris l’arabe et découvert la culture islamique à Rome au PISAI.

J’ai découvert l’Esprit Saint au bord de la mer Rouge : un jour un étudiant égyptien m’a dit : « le fait que tu sois chrétien et français et moi musulman et égyptien n’est pas important ; l’important est que nous soyons frères devant Dieu ».

1) POURQUOI ET COMMENT DIALOGUER AVEC LES MUSULMANS ?

Pourquoi dialoguer ? Ne peut-on se contenter d’une coexistence pacifique ?

CHR : Dialoguer, c’est accepter que la parole de l’autre me touche et que la mienne puisse le toucher ; pour approcher le mystère de Dieu, j’ai besoin que l’autre me livre sa démarche spirituelle, exprime sa compréhension de Dieu.

TO : Il ne faut pas avoir peur de découvrir la part de vérité de l’autre ; aucune pensée ne peut progresser si elle ne se confronte pas à la pensée de l’autre ; cela vaut aussi pour les religions ; il existe en Islam une tradition de la controverse qui a connu son heure de gloire au Moyen Âge en Andalousie et à Bagdad.

CHR : Le défi aujourd’hui c’est de faire en sorte que le dialogue touche aussi des gens ordinaires.

Dialoguer avec qui ? Chaque religion a ses extrêmistes ; faut-il choisir ses interlocuteurs ?

TO : Personnellement, je suis prêt à dialoguer avec tout le monde.

CHR : J’ai pour mission d’être en relation avec les responsables musulmans de France ; je n’ai pas à faire de tri entre ceux que j’estime fréquentable et les autres ; mais je dois faire preuve d’un certain discernement lorsque je participe à des manifestations ou lorsque je prends la parole en public ; se parler d’homme à homme est autre chose.

Dialoguer entre chrétiens et musulmans, est-ce d’abord pour parler de religion ?

TO : Il y a plusieurs niveaux de dialogue possibles entre un chrétien et un musulman ; le dialogue peut aussi porter sur des questions sociétales ou politiques ; la violence, le racisme, l’exclusion.

CHR : Chrétiens et musulmans peuvent partager une même vision des enjeux de société ; ils gardent en général, un positionnement assez différent pour défendre leurs points de vue ;les musulmans n’éprouvent aucune difficulté à référer leur choix à leur foi ; le chrétien a plus de mal à l’assumer ; il cherchera davantage à fonder ses positions sur la raison, la morale universelle ou l’anthropologie.

Les fidèles de vos deux traditions respectives sont-ils prêts à dialoguer ?

CHR : Je rencontre le scepticisme et les critiques de certains catholiques et même de certains prêtres ; la communauté catholique vit en tension sur cette question ; je constate une montée des inquiétudes et des peurs concernant l’islam chez nos concitoyens ; dans le même temps, cette religion suscite une curiosité, un intérêt le besoin d’une meilleure compréhension.

TO : Personnellement je n’ai jamais rencontré de musulman qui me dise : « Tu perds ton temps à dialoguer avec les chrétiens » ; mais on voit se dévélopper des mouvements qui nourrissent la crispation identitaire et le repli communautariste ; c’est le fait d’ignorants ; le Coran lui-même nous invite à parler de manière agréable avec les disciples de Jésus.

2) UN SEUL DIEU, UN MEME DIEU POUR LES MUSULMANS ET LES CHRETIENS ?

Chrétiens et musulmans ont-ils le même DIEU ?

CHR : J’entends souvent dire « Il n’est pas possible que nous ayons le même Dieu puisque le Dieu que nous confessons est Trinité et que le Christ occupe une place centrale ; je commence toujours par dire : « On n’a pas Dieu, on ne possède pas Dieu, on croit en Lui ».

Nous croyons au même Dieu, au sens de Dieu unique, au-delà de ce que les musulmans et les chrétiens peuvent en dire ; c’est l’Eglise qui l’affirme dans le Credo : « je crois en un seul Dieu » ; nous croyons au même Dieu mais il existe des différences fondamentales sur ce que nous disons de Lui ;  nous, chrétiens, reconnaissons que le Christ est Seigneur et Sauveur : ce n’est pas ce que croient les musulmans.

TO : En tant que religions révèlées, nous adorons le même Dieu ; l’Islam s’établit en filiation des deux traditions, juives et chrétiennes ; c’est le même Dieu qui a révélé ses messages à travers l’histoire ; Mohammed vient opérer la synthèse et clore la prophétie ; le Coran de donne comme le dernier Testament.

Le message coranique opère une première rectification de la doctrine chrétienne en pronant le retour à une stricte conception de l’unicité de Dieu ; la figure d’Abraham est centrale : pour les musulmans, il est celui qui reconnait l’unicité de Dieu dans sa forme la plus pure, la plus simple et la plus profonde.

CHR : Si le Coran assume l’héritage juif et chrétien, il le fait à sa manière en prétendant accomplir le révélation.

La dimension universelle du christianisme n’est pas une invention des apôtres ; dans l’Evangile, un certain nombre de rencontres de Jésus sont l’annonce d’un message universel : la cananéenne, le centurion romain  ; dans sa prédication et dans son attitude, Jésus dépasse les frontières connues d’Israel.

TO : Le Coran parle d’une restauration et non de la révélation d’un nouveau Dieu ; mais dire que Jésus est Fils de Dieu choque la conscience d’un musulman ; je ne trouve pas de traces explicites de l’incarnation dans la Bible.

CHR : Cette dialectique entre accomplissement et rupture est également l’œuvre dans le christianisme ; la révélation en Jésus Christ oblige les Apôtres à s’interroger sur la tradition reçue ; ils relisent les Ecritures à partir de cet évènement nouveau dans l’histoire qu’est la vie, la mort et la résurrection de Jésus : Mathieu rattache la mort du juste évoquée dans les psaumes au scandale de la mort de Jésus ; la filiation entre judaïsme et christianisme est évidente ; mais nous passons du Dieu immuable, immobile et tout puissant au Dieu qui assume en Lui le sacrifice de son Fils pour le salut de l’humanité ; ce qui rompt avec la vision que l’Ancien Testament donne de Dieu ; ce Messie crucifié est une figure de scandale pour les musulmans dont la conception de Dieu se rapprocherait plus de la foi juive.

TO : Il existe avec les juifs une autre forme de démarcation : le Dieu du Coran n’est pas le Dieu d’une géographie, d’une histoire, d’un peuple ; dans l’Islam, Dieu est pour tous.

On peut se demander si la question du même Dieu n’est pas avant tout une affaire de spécialistes ?

TO : Le risque existe de disserter à perte de vue entre théologiens sur un point que Dieu seul tranchera un jour ; ce qui m’intéresse avant tout c’est ce que la religion fait de la personne ; comment elle oriente son humanité, son intelligence, son comportement par rapport aux autres ; Dieu est le lieu de rencontre pour les hommes ; dialoguer c’est le remettre au centre de nos vies.

CHR : Nos contemporains ne sont pas très concernés par les débats théologiques ; ils jugent surtout les témoignages de vie des croyants ; mais comment témoigner sans évoquer la source de nos choix, de notre espérance ? C’est dans la relation à Dieu que se construit un certain type d’homme ; il est important dz réaffirmer que nous postulons que l’autre est un frère parce que nous croyons que Dieu nous a créés les uns les autres ; c’est en Lui que se fonde cette fraternité.

La question du même Dieu, comment s’est-elle imposée dans vos vies ? Comment résonne-t-elle en vous ?

TO : La rencontre de l’autre de tradition différente me permet de préciser mes convictions ; autre raison : la culture catholique continue de marquer la réalité française, je ne peux pas en faire l’économie.

CHR : Mon expérience en Egypte m’a obligé de reconnaître que les musulmans aussi en quête du mystère de Dieu,  c’est par la vie, la reflexion et l’amitié partagée avec des musulmans en Egypte que j’ai été amené à m réajuster au mystère de Dieu.

3) COMMENT LES RELIGIONS CONSIDERENT-ELLES LEURS RELATIONS ?

Qu’est-ce qui, dans la tradition de l’Eglise, permet de fonder le discours que vous tenez ?

CHR : Ce n’est vraiment qu’à partir de la fin du XIX ème siècle que l’Eglise Catholique s’est posée la question de la place de l’Islam dans le dessein de Dieu ; pendant des siècles cette religion a été considérée comme une hérésie ; puis de grandes figures intellectuelles se sont intéréssées à cette religion : Louis Massignon ; le Concile Vatican II va changer complètement la donne avec la déclaration Nostra Estate : «  l’Eglise ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions ; elles reflètent souvent un rayon de vérité qui illumine tous les hommes ».

La Constitution « LUMEN GENTIUM » affirme que le dessein de salut enveloppe également ceux qui reconnaissent le Créateur, en tout premier lieu lmes Musulmans qui adorent avec nous le Dieu unique ».

Tareq Oubrou, accordez-vous la même importance au concile Vatican II ?

TO : Ce Concile a été un tournant formidable ; mais les fidèles ne suivent pas toujours.

Cela se passe comment dans l’Islam ?

TO : Notre Concile à nous c’est le Coran, il suffit de le lire.

Certaines sourates sont favorables aux chrétiens, d’autres particulièrement belliqueuses

TO : Il ne faut pas mélanger les passages circonstantiels, liés à des moments historiques, des conflits politiques et les passages qui fondent dans la durée les rapports avec les autres religions ; dans le premier, les juifs ou les chrétiens qui étaient hostiles aux musulmans sont désignés comme les ennemis de l’Islam naissant ; le Coran appelle à les combattre dans une guerre juste, uniquement défensive.

Dans le second, les gens du livre ont droit à un statut et un respect particulier en raison de leur proximité spirituelle avec Dieu pour autant qu’ils acceptent de vivre en paix avec les musulmans.

La dignité de l’être humain, quelle que soit son ethnie, sa religion, est une valeur fondatrice de la foi musulmane ; promouvoir la paix, respecter la vie , ne pas verser le sang de l’innocent sont des règles de morale universelle que l’Islam a reprises à son compte.

Certains musulmans font une lecture partielle, litteraliste, radicale, voire violente des textes ?

TO : Ce type de disours relève ou de la psychiatrie ou de la politique, certainement pas de la foi ; des extrêmistes qui cèdent à la haine, on en trouve de tous bords ; ils n’engagent en rien leur communauté.

Jean PAUL II n’a cessé d’inviter à la rencontre et au dialogue avec les musulmans, est ce que cela a toujours été bien compris par les fidèles ?

CHR : Il y a eu des moments d’incompréhension, mais ces polémiques n’entament pas la dimension prophétique de ce pape, homme de paix, de consensus et de dialogue.

Et le discours de Ratisbonne de Benoit XVI ?

CHR : Dès 2005, BenoitXVI avait déclaré : « le dialogue intereligieux et interculturel entre chrétiens et musulmans ne peut se réduire à un choix passager ; c’est une nécessité vitale dont dépend en grande partie notre avenir ».

Le discours de Ratisbonne va provoquer la colère d’une large partie du monde musulman ; ce qui conduira le pape à exprimer à plusieurs reprises son estime et son respect pour l’Islam.

Pour Benoit XVI, on ne dialogue pas seulement pour apprendre à vivre ensemble mais pour vivre ensemble comme des chercheurs de Dieu.

Qu’attendez vous du Pape François ?

TO : Qu’attendre de lui, sinon qu’il soit à la hauteur des enseignements de Vatican II, de ses immenses prédécesseurs et de l’homme dont il a choisi le nom ?

CHR : Le pape François est une source d’espérance, pas seulement pour les catholiques !

Si chrétiens et musulmans croient au même Dieu, pourquoi ne parle-t-on pas d’oecuménisme ?

CHR : Le but de l’œcuménisme est de rassembler les chrétiens dans une même famille ; mais je ne crois pas à une seule religion qui serait la synthèse de toutes les autres.

TO : Pour l’islam la question ne se pose pas ; nous parlons de l’Oumma, la communauté spirituelle qui unit toutes les tendances de l’ISLAM. Ne peuvent être considérés comme muslim que ceux qui sont nés dans une famille dont l’un au moins des parents est musulman ou qui se sont convertis.

Dans le Coran, les juifs et les chrétiens sont qualifiés de gens du livre ; l’expression est signe de respect ; est-elle vraiment adaptée ?

TO : À mon sens, la seule religion du livre est l’Islam ; pour nous, musulmans, la révélation se confond avec le Coran qui est le verbe incarné de Dieu ; le Coran est l’équivalent de Jésus comme Verbe de Dieu : pour les Musulmans, le Verbe de Dieu n’est pas Dieu.

CHR : Pour nous chrétiens, le Verbe de Dieu s’est fait chair : Jésus est à la fois le messager et le message ; la Parole de Dieu nous parvient seulement à travers la parole humaine, c’est-à-dire que Dieu nous parle seulement dans l’humanité des hommes et à travers leurs paroles et leur histoire ; cette expression paraitra sans doute scandaleuse aux musulmans, mais elle est à la base de notre théologie ; la seule parole de Dieu au sens strict, c’est la personne du Christ.

4) COMMENT LES CHRETIENS ET LES MUSULMANS PEUVENT ILS LIRE ET INTERPRETER LES LIVRES SACRES ?

Islam et Christianisme sont deux religions du Livre mais avons-nous la même manière de lire ces Livres sacrés ? le fait que le Coran soit pure parole de Dieu change-t-il la clé d’interprétation ?

TO : Des prétendus spécialistes de l’Islam affirment que le Coran échapperait par principe à l’interprétation puisqu’il est parole dictée par Dieu ; cette assertion est tout simplement une absurdité ! Dès lors que l’on lit un texte, n’importe quel texte l’esprit tout entier est impliqué ; s’il y a un texte qui fait l éloge de la raison, de la reflexion de la compréhension, c’est bien le Coran ; le fait qu’il soit une dictée divine n’empêche pas les croyants d’essayer de comprendre ce que Dieu veut insinuer ; le mot arabe pour révélation signifie indication ; le sens total n’est jamais dévoilé ; le Coran n’est pas un texte fermé sur lui-même ; l’histoire a montré que les musulmans n’ont fait que l’interpréter depuis l’époque de Mohammed ; ce mouvement d’interprétation, d’éxégèse et de commentaires n’a pas cessé pendant des siècles.

En réalité, le Coran n’est qu’un point de départ ; il oriente la pensée mais le chemin doit être continué par le croyant lui-même ; la dictée divine laisse toute sa place à la raison.

D’où vient cette idée répandue que le Coran n’est pas interprétable ?

TO : De l’ignorance d’abord ; de la volonté de nuire ensuite ; mais il ya une cause plus historique : au Moyen Age, devant l’inflation des commentaires , les autorités religieuses ont décidé de fermer la porte de l’interprétation parce que la religion était devenu trop complexe ; par la suite, la théologie et surtout le droit sont entrés en regression alors que le monde continuait de se développer ; l’effondrement de la civilisation musulmane à partir du XVI ème siècle a accéléré ce mouvement ; la rupture avec la tradition a entrainé en retour une crispation dont est né le littéralisme, la nouvelle maladie de l’Islam.

La manière dont certains musulmans lisent le Coran est un véritable calvaire pour le musulman que je suis ; le Coran a été révélé dans une histoire, a pris corps dans un moment spatio temporel, s’est incarné dans une culture ; au Moyen Age, cette culture de l’herméneutique était banale ; il faut renouer avec cette culture pour retrouver le sens de la révélation.

CHR : il faut rappeler que l’on ne lit pas un texte tout seul mais aussi dans une Communauté ; mon interprétation personnelle peut être régulée par la Tradition et par la lecture des autres ;cela évite que chacun fasse dire au texte ce qu’il veut.

TO : pour le prédicateur, il ne s’agit pas uniquement de rapporter la dictée divine mais de préparer spirituellement les croyants à la recevoir convenablement pour en faire bon usage.

La Bible et le Coran partagent et mettent en scène une trentaine de figures communes ; mais l’intention est-elle la même ?

TO : L'approche est différente, le CORAN ne propose pas un récit chronologique ; le but n’est pas d’étaler l’histoire, mais d’en tirer un enseignement spirituel et moral ; chaque prophète ne sert qu’à illustrer un aspect de la prophétie ultime rapportée par Mohammed, synthèse parfaite de toutes ces figures.

CHR : Ce sont deux manières de concevoir la théologie du salut ; pour nous chrétiens, la parole de Dieu s’inscrit dans l’histoire des hommes, une histoire concrète, pas seulement dans la morale de l’histoire.

TO : Dieu est en dehors de l’histoire, ou plutôt, au-delà !

CHR : Dans la tradition chrétienne, Dieu accepte de se faire prisonnier de l’histoire.

Un chrétien sera choqué par ce qu’on dit de Jésus dans le Coran ; il est présenté comme un prophète mais sa divinité est niée ; le Jésus du Coran n’est pas mon Jésus.

Le Coran prétend que les chrétiens ont falsifié les Ecritures, expliquez-nous cela ?

TO : Le Coran considère que les chrétiens se méprennent sur la véritable nature de Jésus ; l’erreur commise par les chrétiens est d’avoir cru que Jésus est Fils de Dieu et Dieu lui-même ; il s’agit d’une interprétation erronée de l’Evangile.

L’Incarnation serait donc une erreur d’interprétation ; que dit le Coran de la mort sur la Croix et de la résurrection ?

TO : Le Coran dit « ils ne l’ont ni tué, ni crucifié, ce n’était qu’un faux semblant » Dieu est intervenu pour le sauver au dernier moment ; Jésus n’est pas Dieu, il n’a pas été crucifié, il n’est pas ressuscité.

On a effectivement l’impression que cette question clôt le débat, comment poursuivre le dialogue dans ces conditions ?

CHR : Pour nous le début de l’Evangile de Jean n’est pas une parabole, mais une annonce  « le Verbe s’est fait chair » ; si je crois cela, je peux entrer dans l’intelligence de l’Evangile ; un regard sélectif sur les Ecritures chrétiennes ne manquera pas d’en souligner les contradictions ; ce que fait le Coran parce qu’il lui manque la véritable clé d’interprétation du Nouveau Testament qui est la figure du Christ.

TO : Pour dialoguer, il n’est pas nécessaire d’adhérer à la vérité de l’autre ; il faut juste reconnaître et respecter sa foi, ; c’est le seul moyen de sortir des logiques haineuses, des idéologies identitaires qui conduisent à la guerre des civilisations.

5) CREDO MUSULMAN ET CREDO CHRETIEN

Un Dieu unique qui révèle au prophète sa parole est à la base de la foi musulmane ; est-ce l’équivalent du Credo Chrétien ?

TO : Dans l’Islam, nous parlons de la chahada, l’attestation de foi qui consiste à confesser le Dieu unique et à reconnaitre que Mohammed est son prophète ; c’est le premier des cinq piliers de l’ISLAM. Il existe aussi les six piliers de la foi et les cinq piliers de la pratique.

Pourriez vous préciser la conception musulmane du destin ?

TO : On confond le destin avec la fatalité (mektoub) ; la notion de destin ne renvoie pas à un déterminisme ; dans la conception musulmane, l’homme a été créé libre mais sa liberté ne peut s’exprimer que dans le cadre tracé par la volonté de Dieu ; le Coran dit : « Vous n’aurez de vouloir que si Dieu le permet ».

Si tout vient de Dieu, est ce aussi lui qui a créé le mal ?

TO : Dans la perception musulmane classique, le mal et le bien sont les deux faces d’une même pièce ; le monde nous est ainsi donné ; sans le malheur et la souffrance, le bonheur et la jouissance perdraient toute signification ; Dieu laisse sa créature assumer l’existence dans ses hauts et ses bas.

Une manière de nous mettre à l’épreuve ?

TO : L’Islam n’associe pas le péché et la souffrance ; on peut être pieux et souffrant ; le Coran nous indique que la vie est une épreuve par le mal comme par le bien, dans cette dualité se trouve le mystère de l’existence qui justifie la foi.

Père Roucou, quels points communs et quelles différences entre le credo musulman et le credo catholique ?

CHR : Le credo proclame que Jésus est le Fils de DIEU et affirment la divinité du SAINT Esprit. On ne peut comparer les deux credo car ils sont trop dissemblables ; un parallèle entre Jésus et mohammed est impossible.

Malgré les différences, Jésus et Mohamed ne se rejoignent ils pas comme figures parfaites, modèles à imiter pour les croyants ?

TO : Nous sommes avant tout invités à imiter Dieu ; mais il ne faut pas mélanger la référence au prophète et l’identification au prophète.

CHR : Cite St Paul : « Ayez entre vous les sentiments qui furent dans le Christ Jésus ; les Evangélistes décrivent avec précision les sentiments de Jésus, son comportement , son attitude vis-à-vis de Dieu net des autres ; le croyant est invité à les reprendre à son propre compte ; pour moi le croyant doit essayer de se comporter comme Jésus l’a fait avec Dieu et les hommes.

Dans la tradition biblique, on considère qu’il existe une relation personnelle entre Dieu et l’homme résumé par le terme d’alliance ; l’Islam se présente comme la religion de la soumission, ce qui semble une autre différence ?

TO : La création est un acte d’amour de Dieu ;tout s’explique par l’amour ; ce sentiment que Dieu nous aime, tout musulman le ressent profondément et le vit dans la prosternation.

CHR : Attention au sens des mots ; le terme de soumission est trop connoté négativement pour être compris de nos contemporains : Islam signifie soumission au sens de s’en remettre à Dieu.

TO : La soumission à Dieu existe aussi dans le christianisme ; le terme ne me fait pas peur ; ce n’est pas la servitude imbécile.

Quelle est, dans vos traditions respectives, la conception du jugement dernier ?

CHR : À la différence des musulmans, cette conscience est peu vive chez les chrétiens ; il faudrait repenser l’eschatologie ; d’un côté, il ya ceux qui pensent qu’avec Jésus , les temps derniers sont déjà là et donc en partie le jugement de Dieu et que le Royaume de Dieu commence ici ; d’un autre coté, certains pensent au contraire qu’il faut revenir à ce que le catéchisme disait sur le jugement et le chatiment.

Du jugement dernier, on arrive au Paradis ; qu’en disent les deux traditions ?

TO : Le jour du jugement dernier structure le mental et l’affect du musulman ; il est clair que nous aurons des comptes à rendre au Seigneur ;mais Dieu est juste, il est surtout miséricordieux : l’Islam a développé une théologie de la grâce, du pardon et du salut mais n’a pas renoncé à la justice de Dieu ; il y a un paradis ; il existe aussi un enfer, mais la peine n’est pas éternelle.

Le but de la charia est de créer un paradis déjà accessible dans ce monde ; le jour du jugement dernier est la grande nouveauté introduite par le monothéisme ; nous avons été créés pour l’éternité.

CHR : Les Evangiles ne donnent pas de description du Paradis mais évoquent la communion avec Dieu, un face à face possible ; le Paradis, c’est le face à face avec Dieu pour l’éternité.

Tareq Oubrou, vous semblez douter que les chrétiens y croient encore ?

TO : Les musulmans ne se cachent pas, ils se montrent, ils disent haut et fort leurs convictions ; les chrétiens s’imposent une retenue que nous avons parfois du mal à comprendre.

Pourquoi le mal, pourquoi la souffrance ? Quel est le sens de la vie ? Que disent les deux traditions ?

CHR : Dans la tradition chrétienne, le mal dont l’homme n’est pas responsable est vu comme un mystère ; ces questions résonnent dans la Bible avec le Livre de Job, ; la lecture chrétienne de la Bible rejette la relation entre souffrance et péché ; les drames que vit l’humanité, toutes les situations de malheur ne sont pas une décision de Dieu.

Mais la question reste entière ; comment peut-il permettre cela ? Nous chrétiens, nous pensons que Dieu n’est pas indifférent à la souffrance des hommes ; il et aux côtés e celui qui souffre.

TO : Notre monde n’est ni un monde de sanctions, ni un monde de récompenses, mais un monde d’épreuves : les lois morales sont là pour garantir la justice, l’égalité, le partage ; le malheur n’a rien à voir avec nos vertus ou nos péchés, mais le croyant peut donner sens à sa souffrance.

Donner du sens à la vie, mais lequel ?

TO : Tout croyant a un double souci : assurer sa vie matérielle et sociale et aussi sa vie spirituelle : pour nourrir sa foi, le croyant recourt à la pratique religieuse ; ila également besoin du savoir, de la connaissance ; mais l’on vit avec Dieu pour mieux vivre avec les autres ; le propre de la foi est de faire sortir l’être humain de son ego pour le faire entrer dans l’altérité absolue !

CHR : L'homme est fait pour rencontrer Dieu, vivre avec d’autres, être en relations, aimer ; c’est ainsi que Dieu a donné sens à sa vie, à la vie ; ne pas vivre pour soi, vivre pour les autres, apprendre à les aimer.

6) QUESTIONS SUR LA PRIERE

Pourquoi cette insistance particulière de l’Islam sur la prière ?

TO : La prière est le deuxième pilier de l’Islam : la prière est un langage pour chercher le contact avec la divinité ; la prière nous rappelle que le sens de l’existence est d’honorer Dieu ; la prière est une école, un moment de confession, un moment de ressourcement.

Père Roucou, les chrétiens auraient-il perdu ce sens de la Prière ?

CHR : La prière n’est pas un rite que nous aurions à suivre par obligation ; la prière est une nécessité si l’on veut vivre une relation avec Dieu et se mettre à son écoute.

TO : Quand on prie Dieu, on lui fait confiance ; on n’exige pas de Dieu ; Dieu n’est pas soumis à l’agenda de nos désirs et de nos commandes !

CHR : Prier c’est se mettre à l’écoute de DIEU, être capable de distinguer les signes qu’il nous envoie.

Chrétiens et musulmans peuvent-ils prier ensemble ?

TO : La rencontre des religions autour d’une prière commune me gêne énormément, il est très difficile de trouver un langage commun : les chrétiens disent Notre Père ; ce n’est pas possible pour nous ; je ne vois pas d’inconvénient si chacun, dans une assemblée commune, prie Dieu dans son propre langage, en respectant son propre rite ; j’estime que c’est de dialogue que nous avons le plus besoin.

CHR : Le dialogue vécu en vérité, en profondeur, peut déjà être un moment de prière ; il est important pour les croyants engagés dans la rencontre de se tenir ensemble devant Dieu ; lorsqu’à l’occasion de mariages, de funérailles, chrétiens et musulmans demeurent dans un silence respectueux de la prière de l’autre, ils portent témoignage de ce qui les unit sans nier ce qui les séparent.

A Assise, en 1986, chacun a prié Dieu pendant que les autres écoutaient.

7) QUESTION SUR LE JEUNE

La pratique du Ramadan est une des mesures de la visibilité et de l’influence de l’Islam en France ; quel est le sens de ce jeune ?

TO : Le Ramadan n’est pas une mortification absurde et gratuite du corps ; le jeune est une école pour apprendre à modérer ses instincts et à bien orienter ses pensées ; jeuner, c’est d’abord s’abstenir de faire du mal ; le jeune est un triomphe de l’esprit sur le corps ; il s’agit de se priver pour partager et donner.

CHR : Le jeune n’est plus un des piliers de la pratique chrétienne; jeune, prière, aumône, les trois vont ensemble pour marquer le temps de montée vers Pâques ; temps de retour à Dieu et de conversion ; les catholiques sont entrain de redécouvrir cette démarche qui met en valeur la dimension de prière, de partage et de solidarité ; ce qui lui a été donné par Dieu est à partager avec les autres.

8) QUESTIONS SUR L’AUMONE

L’aumône est un des piliers de l’Islam, les chrétiens parleraient plus volontiers de charité ?

TO : L’objectif est de faire sortir l’homme de son égocentrisme pour apprendre à vivre avec l’autre ; le don purifie l’homme de sa cupidité et de son avarice.

CHR : Dans la doctrine sociale de l’Eglise, l’impôt est présenté comme un acte de solidarité et de justice ; l’aumône a perdu de sa valeur chez les chrétiens ; Jésus explique à ses disciples que faire l’aumône ne consiste pas à se priver du superflu mais à donner le nécessaire à l’autre pour vivre ; l’Eglise redécouvre que la charité, le partage sont constitutifs de la démarche chrétienne.

Ce serait un signe fort pour notre société si chrétiens et musulmans développaient ensemble au nom de leur foi, des gestes de solidarité au service des pauvres.

9) QUESTION SUR LE PELERINAGE ET LA TERRE SAINTE

Tout musulman se doit de faire le pèlerinage à la Mecque, quelle distinction existe-t-il entre terre sacrée et terre sainte ?

TO : Le pèlerinage à la Mecque est un pèlerinage vers les sources abrahamiques de l’islam ; pour les musulmans la mosquée de la Mecque et l’espace qui l’entoure est considérée comme une terre sainte ; il n’y a pas de terre sacrée.

On distingue aussi la terre d’islam, territoire dans lequel le musulman est libre d’exercer son culte et terre de la guerre où la sécurité du croyant n’est pas assurée.

Si il n’y a pas de terre sacrée, pourquoi interdit-on à un non musulman d’aller à la Mecque ou de pénétrer dans certaines mosquées ?

TO : En Arabie Saoudite règne une doctrine simpliste : le Wahhabisme : elle impose des décisions au nom d’une lecture qui ne représente pas, tout l’islam ; il en va de même pour les mosquées dans certains pays musulmans ; c’est une aberration : un lieu sacré ne peut exclure personne.

10) QUEL EST L’OBSTACLE MAJEUR AU DIALOGUE ENTRE ISLAM ET CHRISTIANISME ?

Entre islam et christianisme, il existe des similitudes, des contacts ,des sensibilités identiques, des convergences possibles ; mais ce qui sépare les deux traditions ne fait-il pas au final, obstacle majeur à la rencontre et au dialogue ?

TO : « Si Dieu l’avait voulu, il aurait fait de vous une vraie communauté » dit le Coran ; pourquoi sommes nous différents ? C’est précisément ce mystère qui justifie le dialogue ; en dialoguant avec l’autre, j’apprends à connaître comment il est traversé par sa tradition, comment il pense.

CHR : Les différences existent, il ne faut pas les minimiser ; le dialogue permet de mieux les, cerner, de les approfondir ; cela n’empêche pas la rencontre ; la rencontre est nécessaire pour comprendre et vivre avec l’autre.

Reste la question du dialogue théologique ; le pape Benoit XVI pense qu’il est impossible,en raison de nos conceptions différentes sur Dieu et sur le Christ ; l’objectif n’est pas d’arriver à une théologie commune mais d’approfondir l’intelligence du mystère de Dieu.

TO : Nous sommes condamnés au dialogue ; s’il existe des séparations théologiques, nous pouvons trouver des convergences éthiques pour développer une action commune au service de la société et de l’homme.

11) OÙ EST LA VERITE ?

Un croyant fonde toujours sa foi sur un certain rapport à la vérité ; en accueilllant une autre vérité, ne court-il pas un risque ?

TO : La rencontre est toujours un risque, pour limiter ce risque, il faut avoir une bonne connaissance de sa propre tradition ; aujourd’hui, beaucoup trop de gens engagés dans le dialogue interreligieux ne maitrisent par leur sujet.

CHR : J’ai du mal à adhérer à des raisonnements binaires d’un côté la tolérance absolue au risque de tomber dans le relativisme absolu ;de l’autre, l’intransigeance totale qui clôt la discussion avant de l’engager ; je crois que le Christ est le chemin qui me conduit à la vérité et la vie ; je suis en chemin vers la Vérité en fidélité à ma tradition ; cela ne m’empêche pas d’être intéressé par l’autre qui suit un autre chemin, avec l’espoir qu’ensemble nous pourrons aller plus loin.

TO : Quel serait ce dialogue qui exigerait au préalable que l’autre reconnaisse ma vérité ? Je demande à l’autre de comprendre ma cohérence, pas de l’accepter, encore moins de se convertir.

CHR : Ma foi me demande de témoigner de ce que j’ai reçu ; ensuite c’est Dieu qui convertit, pas moi.

Si nous sommes en chemin vers la vérité, il y aura bien un moment, à la fin des temps, où la vérité sera révélée ; saura-t-on qui avait tort ?

TO : Pour moi, Dieu est unique, si je remets en cause ce dogme essentiel, je ne suis plus musulman ; la réponse est dans le Coran :  "Dieu tranchera au jour du jugement dernier vos différends".

CHR : C’est au jour du jugement dernier que Dieu révèlera à tous les hommes son vrai visage et que la Vérité vous jugera ; nous serons jugés sur l’amour et sur la fidélité à notre conscience.

12 ) VIVRE ENSEMBLE UN RISQUE OU UNE CHANCE ?

Islam et chrétienté se sont opposés violemment au cours de l’histoire, cet antagonisme pourrait-il ressurgie aujourd’hui ?

CHR : Les deux religions ne sont pas condamnées à se faire la guerre ; je parlerai plutôt d’un risque de concurrence accru dans le monde d’aujourd’hui.

TO : J’agis en fonction de mes convictions religieuses pour bâtir une paix favorable à la rencontre, au dialogue, pour permettre à l’homme de s’adonner à l’adoration, à la civilisation, au savoir ; lorsque deux civilisations se rencontrent cela produit parfois un choc ; comment donner tort aux tenants du choc des civilisations qui est d’abord un choc des ignorances ? Voilà le grand défi à relever par les croyants si notre foi est intelligente, nous devrions parvenir à le relever.

La religion joue-t-elle un rôle dans l’antagonisme qui oppose une large partie du monde arabo musulman à l’Occident ?

TO : Les religions sont d’abord menacées par des facteurs endogènes, des crises qui les traversent de l’intérieur ; le monde musulman doit affronter une série de tensions internes, de frustrations, qu’il cherche à masquer en se cherchant des ennemis extérieurs ; d’où sa réaction de rejet à l’égard de l’occident ; ce rejet est d’autant plus fort que le monde musulman est déjà largement occidentalisé ; l’homme musulman ne sait que choisir dans cette modernité ; il n’arrive pas à se décider : renouer avec son passé» ou sauter dans le paquebot occidental.

Vous affirmez que le monde musulman est sécularisé ; l’Islam reste malgré tout une référence majeure pour ces sociétés ?

TO : Il s’agit d’une islamisation de surface ; ce qui se passe dans les Etats dits islamiques n’a rien à voir avec la théologie et le droit classique ; le système économique est purement libéral à mille lieux de ce que prône l’Islam en matière de justice et de solidarité ; idem sur le plan de la famille et des valeurs sociétales ; l’esprit tribal et clanique structure bien plus surement ces sociétés que l’Islam ; il suffit de voir le sort fait aux femmes.

La colonisation est-elle une histoire qui pèse encore sur les relations entre les deux civilisations ?

CHR : Les peuples arabes ont été humiliés par cette domination mise sur le compte d’une décadence ; dans les années 30, on voit apparaitre des mouvements nationalistes, mais le nationalisme arabe ne va pas tenir ses promesses et se trouvera bientôt en concurrence avec l’islamisme politique ; la religion sert de ciment de ces populations au lieu et place de la nation.

TO : Après la chute de l’Empire, les musulmans se sont trouvés en rupture par rapport à leur propre histoire ; la colonisation les a mis en marge de l’histoire ; après le XVI ème siècle, le monde musulman ne produit plus rien en termes de sciences, la théologie est sclérosée, le droit s’est ossifié, le système califal est épuisé ; la colonisation marque la fin d’un monde musulman uni, où pouvoir et religion ne faisait qu’un : les musulmans n’ont jamais vraiment digéré cet état de fait ; dans ce contexte s’est développé l’islamisme politique.

Comment expliquez vous son succès ?

TO : Tout simplement parce qu’il n’y a plus d’idéologie concurrente ; ce système de pensée ne peut conduire qu’à un échec cuisant ; nous sommes à l’ère des slogans identitaires qui n’ont rien à voir avec la religion ; tout le défi aujourd’hui consiste précisément à séparer à nouveau les ordres ; le spirituel du temporel, le politique, du religieux.

La mondialisation a-t-elle renforcé ou aplani les antagonismes ?

TO : Les politiques, les économies, les cultures sont désormais imbriquées ; nous sommes tous interdépendants ;le seul moyen de se sauver est de comprendre que l’intérêt personnel passe par la défense de l’intérêt de l’autre.

CHR : La mondialisation produit des effets contrastés ; elle permet des échanges, ouvre les esprits, favorise la rencontre des cultures mais peut aussi réactiver des clivages anciens.

13) L’ISLAM ET LES MUSULMANS PEUVENT IL BIEN S’INTEGRER EN FRANCE ?

La France est devenue une société pluriculturelle et multireligieuse ; l’Islam fait désormais partie de notre paysage ; est-il pour autant intégré ?

CHR : 75% des français exprime un sentiment antimusulman ; mais une très large majorité des jeunes musulmans se sentent français ; le nombre de mariages interreligieux est un autre signe d’une intégration à l’œuvre ; en revanche la politique dans les quartiers populaires marchent mal ; il s’agit avant tout de problèmes sociaux mais qui touchent principalement les populations musulmanes  ; on voit se développer certains courants islamistes refusant de s’intégrer dans la société française ; un autre problème est lié à une conception rigide de la laïcité ; certains français voyant leur paysage quotidien bouleversé craignent une invasion musulmane.

TO : L’Islam que nous voyons en France est essentiellement d’origine maghrébine : ce sont des gens venus avec leurs complexes d’infériorité, leurs vulnérabilités et une culture spécifique ; tout cela est aggravé par une situation d’exclusion sociale ; l’exclusion règne à tous les niveaux ; à cela s’ajoute une discrimination religieuse qui ne dit pas son nom ; dès qu’on parle de l’islam, on fait des lois pour restreindre les libertés ; ce sont des signes très négatifs envoyés aux gens de cette communauté, le malaise est patent.

Un Islam qui fait peur, un Islam stigmatisé ; nos compatriotes seraient-ils racistes ?

TO : Le peuple français est un peupla accueillant, la plus grande communauté musulmane d’Europe se trouve en France ; c’est la crise qui suscite le rejet.

CHR : Les français ne sont pas racistes mais des préjugés ont encore cours .

Est-ce la faute des médias ?

TO : Un certain discours médiatique alimente le climat anxiogène et suscite le sentiment de rejet ; la logique des médias est de parler de ce qui ne fonctionnent pas ; ce traitement médiatique, systématiquement négatif, a un effet dévastateur chez les musulmans.

Comment jugez- vous l’attitude des politiques sur ces questions ?

TO : Il y a deux catégories de politiques que je n’apprécie pas ; il y a ceux qui cherchent des justifications à tous les dérapages, qui présentent leurs auteurs comme des victimes de la société et il y a ceux animés par la haine.

CHR : Il est évident que des politiques essayent d’instrumentaliser les peurs pour des motifs bassement électoraux.

Certains estiment que l’Islam n’est pas compatible avec la République ; comment réagissez vous ?

TO : La République a du mal à assumer sa devise surtout lorsqu’il s’agit de liberté religieuse ; dans ce cas le modèle d’intégration est celui de l’assimilation ; on accepte l’autre à condition qu’il nous ressemble ; de l’autre côté les musulmans ne veulent rien savoir : «  je suis musulman, je suis libre, je pratique ma religion comme je veux » ; cette attitude mène à une impasse ; j’explique à ma communauté que l’Islam est une greffe sur la société française ; il faudra du temps.

Des pratiques, des comportements choquent nos concitoyens : mariage forcé, polygamie, statut de la femme ; la communauté musulmane ne gagnerait-elle pas à les dénoncer ?

TO : Ces pratiques culturelles n’ont rien à voir avec l’Islam ; le mariage n’a pas de dimension religieuse en Islam ; il s’agit d’un contrat moral ; le monogamie est la règle générale ; mais un musulman qui choisit d’avoir plusieurs femmes se considère en conformité morale avec sa religion ; je suis contre ce modèle conjugal.

Que répondre à ceux qui considèrent que les musulmans les envahissent et seraient responsables de tous nos maux ?

TO : Pour rendre les tensions supportables, il faut un politique douces d’intégration ; il faut créer un climat qui sorte les individus de leur isolement ; le communautarisme sectaire est favorisé par l’anonymat qui règne dans notre société et une laïcité qui veut cacher les différences ; encore faut-il créer des lieux où ils puissent rencontrer les autres.

CHR : La politique urbaine a plutôt porté sur les immeubles que sur les hommes qui y vivent;le résultat est là des quartiers entiers majoritairement occupés par des musulmans ; peut-on parler d’islamisation de la France ? Cela supposerait un plan concerté, une main cachée.

La montée de l’identitarisme et du communautarisme chez les musulmans de France n’est- elle pas aussi liée à l’influence grandissante des mouvements islamistes ?

TO : Le communautarisme religieux musulman n’ a jamais été très aigu en France parce que les identités ethniques restent l’élément le plus structurant : on est algérien, berbère, marocain, turc ; deux grandes tendances coexistent aujourd’hui : les salafistes et les frères musulmans ; les salafistes ont un rapport littéraliste et sélectif aux textes ; les frères musulmans prétendent moderniser la religion sans rien toucher à l’essentiel ; ces deux tendances représentent un islam de revendication, mais ils n’ont aucun projet global, aucune idée de la manière dont les musulmans pourraient participer au bien commun.

CHR : Le communautarisme fermé sur lui-même est minoritaire en France ; la plupart des musulmans, en particulier les jeunes ; essayent de conjuguer citoyenneté et religion et souhaitent participer à la vie de la société ; l’UOIF est favorable au dialogue ; il défend une identité musulmane et a lancé les premiers établissements scolaires musulmans comme le lycée Averroes de Lille, un des meilleurs de France.

Reste le gros problème en France des divisions entre responsables musulmans ; on pourrait attendre des responsables qu’ils se mettent d’accord sur une structure qui réunisse les principaux courants de l’islam de France pour le bien et l’avenir de la communauté.

14) POURQUOI LES VIOLENCES LE TERRORISME, LE DJIHAD ?

Violences, terrorisme, djihad, l’Islam est souvent associé à ces trois termes dans l’actualité internationale ; comment expliquer qu’une religion qui prone la paix puisse engendrer cela ?

TO : Les musulmans doivent avoir le courage d’aborder de front cette question ; dans le Coran on trouve des passages qui légitiment des comportements violents ; certains musulmans y trouvent un encouragement à passer à l’acte ; de quelle violence parle-t-on ? Le djihad repose sur la doctrine de la guerre juste ; c’est une guerre qui a ses règles, codifiées par le droit classique ; le djihad ne peut pas être confondu avec le terrorisme ; on considère souvent le Coran comme le code génétique du musulman ; il suffirait de lire le texte pour comprendre pourquoi l’Islam est violent : or la vraie source de la violence n’est pas dans la religion ; elle est à chercher dans la géopolitique, dans les luttes économiques, dans les injustices sociales ; à défaut de trouver un sens à leur vie difficile, certains musulmans cherchent à donner sens à leur mort par une opération de martyr ; les musulmans ne sont pas programmés pour produire de l’intolérance et de la violence.

CHR : Un combat spirituel doit se dérouler au sein de la communauté musulmane sur l’interprétation des textes pour mieux préciser ce qui est contraire à l’Islam, religion de paix.

La situation des chrétiens au Moyen Orient n’est elle pas un motif supplémentaire de défiance vis-à-vis de l’Islam ?

CHR : Depuis les années 1950, le Moyen Orient se vide de sa substance chrétienne ; mais la solidarité avec nos frères d’Orient ne doit pas empêcher l’amitié avec nos voisins musulmans.

TO : Le seul moyen est de renforcer la notion d’Etat, de droit, de citoyenneté ; mais on ne peut établir la démocratie dans ces pays du jour au lendemain.

15) QUELLES CHANCES POUR LE VIVRE ENSEMBLE ?

Dans ce monde de troubles et de violences, comment faire pour que le « vivre ensemble » devienne une chance et pas un risque ?

CHR : L’ignorance nourrit la peur, pour vivre ensemble, il faut apprendre à se connaitre ; pour cela il faut se croiser, se rencontrer, développer les occasions d’échanges, casser les préjugés.

TO : Le chemin qui mène à Dieu passe par l’homme ;certaines convictions dogmatiques nous séparent, l’espérance nous réunit, les valeurs et la morale aussi ; chrétiens et musulmans doivent œuvrer ensemble, mais aussi avec d’autres, à bâtir une citoyenneté locale et mondiale ; combattre toutes les formes de misère et d’injustice qui ravagent notre société, se mobiliser pour la paix et la défenses de la création, défendre la dignité de l’homme partout où elle est menacée.

16) QUESTIONS SUR LES LIBERTES RELIGIEUSES

Liberté religieuse, prosélytisme, intereligieux, conversions, restent des questions sensibles voire des sujets qui fachent ; qu’est ce qui bloque ?

CHR : Nos deux religions sont porteuses d’un message destiné à tous ; la bonne nouvelle reçue doit être partagée avec le plus grand nombre ; il est inévitable que les zones d’influence entrent en contact et parfois en concurrence ; dans notre pays, des conversions se produisent dans les deux sens, des mariages entre chrétiens se multiplient, ces situations provoquent des perturbations dans les familles et interrogent les pasteurs ; les deux traditions ont des positions différentes et il est très difficile de faire bouger les choses.

TO : Christianisme et islam sont deux religions du salut ; tous nos textes nous appellent à respecter cette diversité comme un dessein de Dieu pour l’humanité ; la réalité des fidèles n’est pas toujours gouvernée par les convictions religieuses : la politique, les cultures, les traditions, l’anthropologie se mêlent à la religion et viennent perturber le discernement ; quand les zélotes et les prosélytes s’en mêlent, l’universalisme devient un lieu de compétition, parfois de violence.

CHR : Jean Paul II a écrit : «  l’Eglise propose, elle n’impose rien, elle respecte les personnes et les cultures et elle s’arrête devant l’autel des consciences ».

En France, la liberté religieuse est garantie par la loi de 1905. La question ne relève pas d’abord de la théologie mais de l’état de droit ; qu’en disent vos religions respectives ?

CHR : Il faut distinguer liberté de conscience et liberté de culte ; pendant des siècles les chrétiens ont vécu selon l’adage « hors de l’Eglise, point de salut » Vatican II marque une étape importante : l’Eglise reconnait que des éléments de vérité sont présents dans les traditions et les cultures autres.

TO : Il peut exister un décalage entre ce que dit l’Eglise et ce que font les fidèles ; quand on négocie avec les mairies pour construire une mosquée, on voit parfois à l’œuvre un lobby catholique qui n’hésite pas à utiliser l’instrument de la laïcité pour priver les musulmans et leurs droits.

L’Islam s’est-il montré, au cours de l’histoire, plus tolérant que l’Eglise Catholique à l’égard des autres religions ? Que dit le Coran à ce sujet ?

TO : Le texte est on ne peut plus clair : «  pas de contrainte en religion » ; pour l’islam, la liberté de l’homme est un dessein de Dieu, la foi ne peut être qu’une adhésion personnelle ; on a créé le statut de « protégés » qui permettait aux chrétiens et aux juifs de pratiquer leur culte en toute liberté ; l’Islam a conquis des territoires selon une logique d’empire mais n’a jamais fait de guerre sainte pour convertir les populations.

CHR : La force et la contrainte ont aussi été utilisées.

Que recouvre le statut de « protégés » la dhimmitude ?

TO : LE DHIMMI bénéficie d’un statut personnel auquel ne s’applique pas la charia ; il relève des tribunaux de sa communauté et du droit canon e sa religion ; il est soumis à un impôt spécial qui lui assure, en retour, la protection de sa personne et de ses biens ; la situation des dhimmis a beaucoup varié selon les lieux et les époques.

CHR : La législation musulmane a plutôt mieux respecté les chrétiens et les juifs que ne l’ont fait les chrétiens avec les juifs et les musulmans pendant de longs siècles ; au XXème siècle, l’émergence de s Etats Nations va poser le principe de l’égalité des citoyens ; pour les communautés chrétiennes vivant dans des pays musulmans, la protection d’hier est devenue une situation d’infériorité intolérable.

La liberté de religion est garantie en France par la loi, considérez vous que celle-ci est correctement appliquée ?

TO : Le sentiment d’être des citoyens de seconde zone est assez généralement répandu dans la communauté musulmane de France ; il se nourrit de l’exclusion sociale et économique dont sont victimes les populations d’origine immigrée mais aussi d’une exclusion laïque quia du mal à s’avouer ; tout cela conduit à des postures de victimisation parfois de radicalisation ; l’Islam n’est pas encore considéré comme une présence normale en France ; notre laïcité a gardé des traces de défiance à l’égard des religions ; d’où les difficultés à gérer la visibilité quia conduit aux polémiques sur le foulard, les mosquée, le hallal.

Je pense que c’est aux musulmans de s’adapter à la société française et non le contraire ; malgré les obstacles, la laîcité française est un laboratoire de grand confort pour nous permettre de repenser notre religion.

CHR : Dans les textes et dans la pratique la France reconnait la liberté de culte à tout le monde ; la laïcité nous protège, mais attention au laïcisme qui voudrait cantonner la foi à sa dimension privée.

TO : Restons prudents, les religions catalysent parfois l’émotionnel et l’irrationnel ; ces sentiments ouvrent la voie à tous les mécanismes de manipulation.

17) QUESTIONS SUR LE PROSELYTISME ET LES CONVERSIONS

Annoncer l’Evangile,témoigner de sa foi fait partie intégrante de la mission de baptisé ; n’est ce pas là que le prosélytisme plonge ses racines ? Pourquoi le terme est-il si chargé négativement dans les consciences chrétiennes ?

CHR : Aujourd’hui, le terme prosélytisme signifie faire des adeptes, avec en arrière plan l’idée de contrainte ; cela ne correspond plus à l’idée que l’on se fait de la liberté de conscience et du dialogue ; je n’oppose pas annonce et dialogue ; nous sommes chargés d’une parole que nous ne pouvons pas taire, mais c’est Dieu qui convertit ; être témoin n’est pas anodin, donnons toute sa force au témoignage ; les moines e Tibhirine ont été témoins jusqu’au bout.

Jean Paul II a lancé l’idée d’une nouvelle évangélisation et Benoit XVI a parlé d’annonce explicite et de conversion ; l’Eglise retomberait-elle dans ses vieux travers ?

CHR : comme Jésus au puits de Jacob, nous devons nous asseoir pour dialoguer avec les hommes et les femmes de notre temps ; il faut trouver une manière nouvelle d’annoncer la Bonne Nouvelle en se mettant à l’écoute des aspirations spirituelles de nos contemporains.

L’Islam peut-il être considéré comme une religion prosélyte ?

TO : Le Dieu du Coran est un Dieu pour tous ; l’Islam une religion universaliste disponible pour l’ensemble de l’humanité ; le musulman est invité à en être témoin, à la partager au sens d’informer ; il n’a pas d’obligation à la transmettre ; le prophète reçoit la révélation sans être obligé de la communiquer ce qui est la tâche du messager : l’Islam ne par pas de conversion mais de guidance : dans le Coran , Dieu dit au prophète : «  non tu ne guides pas qui tu veux, c’est Dieu qui guide qui il veut » ; ce qui vaut pour le prophète vaut à priori pour le Croyant.

Des groupes islamistes pratiquent pourtant une forme de prosélytisme qui rencontre un certain succès, notamment auprès des jeunes de banlieue

TO : L’identitaire s mêle à la religion ; pour beaucoup de jeunes, l’Islam est une manière de se valoriser ; avant on était un petit voyou, maintenant un vrai musulman ; on est fier de s’afficher, parfois même arrogant ; mais une fierté excessive ne sied pas au croyant.

CHR : Les jeunes chrétiens ont davantage intégré une espèce d’anonymat, une difficulté à parler de leur foi, voire un sentiment de honte ; en classe un gamin n’a pas peur de dire qu’il est musulman, un chrétien, pas nécessairement.

Quelle expérience avez-vous des conversions ? Comment répondez vous aux demandes que vous pouvez recevoir ?

TO : Depuis la fin des années 1990, les conversions sont devenues un phénomène massif ; ce phénomène touche toutes les strates de la société, toutes les catégories sociales ; il n’est pas besoin de passer devant un imam pour devenir musulman ; il suffit de prononcer la chahada, l’attestation de foi : « il n’y a de Dieu que Dieu et Mohammed est son prophète » l’imam se contente d’enregistrer en délivrant le certificat nécessaire ; si un epersonne se présente à moi pour se convertir, je n’ai pas le droit de dire non ; mon rôle est d’expliquer le principes de lareligion, la morale qu’elle porte.

Environ 3500 personnes en moyenne se convertiraient chaque année à l’Islam ; comment expliquez- vous cet attrait alors que le contexte ne s’y prête guère ?

TO : Trois facteurs principaux se conjuguent : d’abord la simplicité d’une religion qui repose sur un dogme, l’unicité de Dieu et qui n’a pas de hiérarchie faisant écran entre le croyant et la divinité ; ensuite la fréquentation des musulmans, phénomène particulièrement perceptible chez les jeunes ; en fin la disparition de la culture chrétienne : les jeunes ne connaissent rie à leur religion ; la Trinité est difficilement compréhensible.

CHR : Ce phénomène de conversion touche principalement des jeunes qui n’ont pas ou plus de culture chrétienne ; la dimension communautaire joue aussi ; la diminution de la présence catholique dans les quartiers est un vrai souci pour l’Eglise.

TO : L’Eglise affronte aussi le problème des démarches, du protocole, des cérémonies d’accès, des rites d’initiation ; tout cela décourage certains candidats ; on a toute la vie pour connaître Dieu ; encore faut-il qu’on ouvre le chemin vers lui.

CHR : Le baptème n’est pas un papier d’identité , mais une démarche de foi ; cela ne prend pas deux minutes pour devenir catholique ; il ne suffit pas de dire une parole ; il faut du temps pour découvrir le Christ, lire l’Evangile, être capable de rendre compte de sa foi.

Si le nombre de musulmans convertis au christianisme est si faible, n’est ce pas parce qu’on dissuade les candidats ?

CHR : L’Eglise ne dissuade personne ; il y a 100 à 150 musulmans baptisés par an ; il peut y avoir des pressions des familles et de l’entourage.

Est-il vrai que le musulman converti peut être considéré comme un apostat passible de la peine de mort ?

TO : Un apostat oui, mais pas passible de la peine de mort.

CHR : Mais ils sont traité comme des parias, doivent se cacher et le plus souvent quitter la société dans laquelle ils vivent.

TO : Le monde occidental est structuré par la sécularisation ; en Orient les choses se passent différemment ; la religion est constitutive des mentalités et des pratiques ; elle imprègne le tissu social ; on ne conçoit pas la citoyenneté sans cet élément ; pour changer cela, il faudra du temps.

18 )QUESTIONS SUR LES MARIAGES MIXTES

Les mariages islamo chrétiens expliquent beaucoup de ces conversions ; que disent les religions de ces unions ? Est-il permis à un chrétien ou une chrétienne d’épouser une musulmane ou un musulman et inversement ?

CHR : Des jeunes et des familles me posent fréquemment cette question ; ma réponse est claire et nette : l’Eglise en reconnait la possibilité et ne fixe aucune condition de conversion ; s’il souhaite une cérémonie chrétienne, le futur coupe doit s’engager sur les quatre piliers du mariage dans l’Eglise : libre consentement, indissolubilité, fidélité et fécondité ; on demande à la partie catholique de faire tout son possible pour que les enfants à naître découvrent la foi chrétienne ; c’est une demande, pas une condition.

Un mariage islamochrétien est-il considéré comme un sacrement ?

CHR : Ce point fait débat ; en tout cas, il s’agit bien de l’engagement d’un homme et d’une femme devant Dieu.

Est-ce qu’un musulman, une musulmane peut épouser une chrétienne, un chrétien sans trahir sa religion ?

TO : Le mariage est un projet, un projet de plus en plus menacé par la tempête de la modernité ; pour réussir cette entreprise particulière, il faut plus que jamais réunir le maximum d’ingrédients ; l’amour en est un ; la dimension religieuse n’est qu’une partie du débat ; il n’existe aucun texte qui interdirait à une musulmane de se marier à un chrétien ou à un juif ; mais la question demeure : est ce que tout ce qui est permis, est souhaitable ? Mon devoir est de mettre les gens devant leurs responsabilités, de les éclairer sur les imprévus, notamment concernant l’avenir des enfants ; par conséquent, je n’encourage pas ce type d’union.

Les cérémonies de mariage islamo chrétien à l’Eglise me gênent également ; cela s’apparente à un syncrétisme qui ne dit pas son nom ; pourquoi demander au musulman d’entrer dans une logique rituelle qui n’est pas la sienne ? C’est un mélange des genres qui n’est pas souhaitable.

19) COMMENT PROMOUVOIR LA RENCONTRE ET LE DIALOGUE ?

Quels sont les chantiers, les plus concrets possibles, pour promouvoir le dialogue et la rencontre ?

TO : Commençons par le commencement ; l’école et l’enfant ; tout se joue au niveau d la jeunesse et de l’éduction ; il faut inculquer un savoir vivre pour mieux gérer les différences ; pour cela l’école doit promouvoir une ; éthique du dialogue au sens large ; le dialogue interreligieux entre dans ce programme ; le génie de la laïcité est d’être capable de digérer, d’assimiler les différences pour produire un bien commun ; la démocratie.

Le problème relève-t-il de laïcité ? Souvent lesprofesseurs préfèrent ne pas aborder certains sujets : la guerre d’Algérie, la Shoa, la Palestine pour éviter des problèmes dans les classes ?

TO : Il faut mettre en place une pédagogie du dialogue ; il faudrait aussi penser à intégrer dans l’histoire de France l’apport de la civilisation arabo musulmane et rétablir ainsi une justice historique ; l’histoire de France est universelle ; plusieurs civilisations y ont contribué.

CHR : Cet apprentissage du dialogue est la seule voie pour respecter la dimension plurielle de notre société ; nous avons une vraie difficulté à penser que l’on peut être différents et vivre malgré tout ensemble ; pour des raisons historiques, l’école républicaine a voulu se défaire de l’emprise de l’Eglise ; elle continue de faire la promotion du tous pareils alors que nous sommes pluriels ; comment faire place à la dimension religieuse dans notre culture et dans la vie des individus sans rallumer la guerre scolaire ? C’est un grand défi pour l’Education Nationale.

Après l’éducation et la formation, quels sont les autres champs d’action prioritaires pour un dialogue fructueux entre religions ?

CHR : Le premier chantier à développer est celui de la solidarité ; dans beaucoup d’endroits des organisations chrétiennes et musulmanes font des choses ensemble au service des autres.

Il faut ensuite multiplier les occasions de rencontres, notamment entre jeunes, par exemple les scouts, ou l’association COEXISTER.

Enfin nous devons développer le chantier de la spiritualité ; nous devons trouver une manière commune de parler de l’initiative de Dieu dans la vie des hommes ; de cette gratuité de l’amour de Dieu essentielle à l’être humain.

Que diriez-vous à un jeune pour l’inciter à s’engager dans les voies du dialogue ?

TO : Aimez-vous les uns les autres ! Nous sommes condamnés par le destin à voguer sur le même bateau ; nous sommes sollicités par notre foi à rencontrer Dieu à travers l’autre, ne nous contentons pas de connaître l’autre mais essayons avec lui de faire quelque chose pour le monde.

CHR : N’ayez pas peur d’aller à la rencontre de l’autre, d’oser faire des choses ensemble et de découvrir qu’être croyant rend heureux ; dans la devise de la République, la fraternité reste à tisser ; c’est un chantier qui dépend de nous et quia quelque chose à voir avec la foi en Dieu.

Haut de page


Agir

_____________


Actions et propositions
des réseaux de solidarité

  Les réseaux de solidarités

» CCFD
» CERAS
» CIMADE
» CRID
» SNPM
» FTA
» GISTI
» LDH
» RCI
» Secours Catholique
» ANAFÉ
» SRI
  • Mission
  • Textes
  • Livres

  Propositions
» Inventer une politique d'hospitalité
» Réforme sur le droit d'asile

  Outils d'éducation
» Musée de l'immigration
  • Les grandes questions
  • Le projet
» Boutiques
» Pédagogiques de CCFD
» Campagne du CCFD
» Outil des écoles
» Le guide de la CIMADE
» Manuel de l'enseignant
» Exposition Demain le monde
» Site modèle Migrations
» À la rencontre du frère

» Université d'été de la SI
» Centre de formation FTA

  Outils d'animation et de sensibilisation
» La SSI
» Festival Migrant'Scène
» Droits des Roms
» Film MONTBELIARD
» Film CARAVANE 55
» Film LITTLE SENEGAL
» Film SAGA DES IMMIGRES
» Artiste Slam

» Soirée débat

» Festival cinéma et migration


Actualités et événements
» Oser la Fraternité

» Festival Migrant'scène
  • La Pirogue
  • Les éclats
  • Terraferma
» JMMR 2012
» Projet de loi
» JMMR 2013

» Journée Mondiale du Migrant 2014
  • Présentation
  • Affiche
  • Tract
  • Message du Pape

Événement du mois d'avril
» Apprendre à vivre ensemble en Europe

Construire ensemble une Europe fraternelle
» Présentation

Pour une nouvelle politique
» Évêques de France
» CCFD
» Secours Catholique
» CIMADE
» EMMAÜS
» FTA
» DPPDM
» Cardinal Veglio
» Circulaire régularisation
» Accueil des migrants

Plaidoiries
» Protégeons les enfants
» Polémique sur les étrangers
» Accueil dans la dignité

Dialogue interreligieux, chemin de la fraternité
» Musulmans et chrétiens solidaires
» Les Etats Généraux contre le radicalisme religieux
» L’Esprit d’Assise
» Association Coexister
» Questions et réponses sur l'Islam
» Témoignages d’une intellectuelle algérienne Karima Berger


Qui sommes-nous ? Contact    Flux rss  
quastufaitdetonfrere.com © 2017