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Conférence donnée lors de la 85e session 2010
des Semaines sociales de France

« Migrants, un avenir à construire ensemble »

Par FRANÇOIS HERAN*

* François Héran a dirigé les études démographiques de l'INSEE avant de prendre la direction de l'INED.Il. Il enseigne actuellement à l'Institut d'Études Politiques de Paris, à l'École des hautes études en sciences sociales, à Paris I et à l'Université de Lund en Suède.


SYNTHESE

Les migrants sont des personnes qui ont l’intention de s’installer en France pour au moins un an : leur nombre se situe entre 150000 et 200000 par an ; le rapport entre le franchissement des frontières et l’immigration est de 1 à 400.
Le dernier recensement de la France dénombre trois millions et demi d’étrangers, soit 6% de la population totale ; et cinq millions d’immigrés qui recoupent en partie les étrangers et ceux qui ont acquis la nationalité française.
L’accroissement de l’espérance de vie est la cause majeure de l’augmentation de la population française depuis 1950.
Entre 1/5 et 2/5 de la croissance de la population est lié au solde migratoire. À peu près un quart de la population vivant en France actuellement a au moins un grand parent ou un parent né à l’étranger.
Le flux d’immigration en France est relativement modéré par rapport aux pays voisins, mais la France connaît l’immigration depuis le milieu du 19ème siècle.
Nous sommes 1% de la population mondiale et nous accueillons 2% des migrants du monde.
Que représentent les proportions d’immigrants par rapport à la population du pays d’accueil ? La France se situe au milieu du tableau avec 11% ; les pays germaniques sont bien au-dessus, l’Espagne est à 14%.
La France n’est pas le premier pays d’accueil européen ;
si l’on observe les cinquante dernières années, on constate que la France a accueilli beaucoup de migrants dans les années 50/60. Depuis cela a diminué.
Les histoires sont complètement différentes en Allemagne, au Royaume-Uni et en Espagne. Le modèle français n’est pas un modèle d’intrusion massive, c’est plutôt celui d’une infusion durable ; la plupart de nos voisins doivent l’essentiel de leur croissance démographique à l’immigration ; la France n’est pas dans ce cas-là.




Les données sur l'immigration en France et dans le monde sont assez simples. Il y a bien sûr des controverses sur des chiffres, mais vous verrez que les ordres de grandeur sont tels qu'un certain nombre de discussions de spécialistes deviennent assez byzantines. Nous allons donc essayer d'aller à l'essentiel.

Je voudrais rappeler tout d’abord quelques définitions et quelques problèmes de définitions.

Chaque année en France, on compte 80 millions de personnes qui franchissent la frontière. C'est une circulation énorme. La plupart des personnes sont des touristes, des voyageurs venus en visite familiale, pour des conférences, des pèlerinages, toutes sortes de choses.
Sur ce nombre, on estime bon an mal an les entrées de migrants – il y a aussi des sorties – de 150000 à 200000. Il s'agit de personnes qui ont l'intention de s'installer en France pour au moins un an. Vous constatez que le rapport entre le franchissement des frontières et l'immigration est un rapport de 1 à 400. Imaginez un gros avion qui débarque ; sa capacité est de 400 passagers. Seul un, peut-être deux, viennent s'installer à titre de migrant. Évidemment faire la distinction entre circulation et immigration n'est pas si facile.

Immigré, un mot à connotation négative

Il y a les migrations temporaires de long séjour, de plus de trois mois, de moins de douze mois. Cela inclut le travail saisonnier, les missions temporaires... Je ne m'y attarde pas. Et puis il y a ce qu'on appelle « la migration de long séjour avec l'intention de s'installer ».
Pour les démographes, c’est important puisque les migrants vont contribuer à apporter des habitants supplémentaires. Nous dressons une comptabilité année après année pour regarder si les gens contribuent à augmenter le peuplement de la France.
Cette définition est donc discutée. Elle change un peu d'un pays à l'autre. En gros, quand on réside habituellement en France, on est considéré comme un immigré.

Qu'est-ce qu'un immigré alors ? Il existe une définition internationale – ce n'est pas la France qui l'a inventée : on considère comme immigrées les personnes qui « sont nées étrangères à l'étranger ». Elles étaient de nationalité étrangère à la naissance ; elles sont nées à l'étranger, puis elles ont franchi la frontière entre deux États souverains et elles viennent s'installer pour au moins un an.

Ce qui est important, c'est de savoir qu' « immigré » n'est pas une notion juridique. À l'origine, c'était une catégorie définie à des fins d'études. Il n'existe aucun texte de loi qui accorde ou qui refuse un droit parce que vous êtes immigré.
Les lois vous accordent bien sûr des droits selon que vous êtes Français ou étranger, mais pas immigré natif. Cette expression immigré s'est répandue dans le langage courant et est devenue très souvent péjorative. Lorsqu'il m'arrive de faire des exposés devant des assemblées composées pour l'essentiel de migrants, de Français issus de l'immigration, je m'aperçois que le mot immigré, employé de façon négative si souvent, est parfois rejeté. Je dois alors tenter d'expliquer, en tant que chercheur, qu'on a quand même besoin de cette notion.
Il est important de préciser qu'un enfant d'immigré, s'il est lui-même né en France, n'est pas un immigré. Il ne franchit aucune frontière. Dans le langage européen classique, on parle de seconde génération. C'est la première née en France mais c'est l'appellation habituelle pour désigner les enfants d'immigrés qui sont eux-mêmes nés en France.

Quelle différence alors entre immigrés et étrangers ?
Le dernier recensement de la France dénombre trois millions et demi d'étrangers : presque 6% de la population totale. Une petite partie est née en France, mais ce sont des enfants voués à acquérir la nationalité française à leur majorité, voire avant. Et puis vous avez cinq millions d'immigrés qui recoupent en partie les étrangers – ces personnes nées étrangères à l 'étranger, qui ont franchi la frontière, qui sont installées chez nous depuis au moins un an.
À ce jour, 40% des immigrés ont acquis la nationalité française et sont devenus Français. Ils restent immigrés mais ils sont en même temps Français. Il y a des immigrés français, bien sûr. Ce bilan est réalisé toutes générations confondues. Évidemment cette proportion augmente avec l’âge. À 60, 70 ans, 80% des immigrés ont acquis la nationalité française.
Tout cela est assez dynamique mais les deux notions, vous le constatez, ne se recoupent pas. C'est une particularité de la France, car dans un pays comme l'Allemagne, où le changement récent au droit à la nationalité n'est pas rétroactif, beaucoup d'enfants d'immigrés nés en Allemagne sont toujours étrangers ; ce n'est pas le cas chez nous.

Une grande particularité de la France, c'est aussi que nous avons 18 millions d'habitants en plus depuis 1950. Ce n'est dû qu'en partie à l'immigration, car l'essentiel de l'accroissement de la population en France s'explique par le vieillissement de la population. Nous restons beaucoup plus longtemps sur « le tapis roulant », si j’ose dire ; cela fait donc beaucoup plus de monde sur ce tapis !


L'accroissement de l'espérance de vie est la cause majeure de l’augmentation de la population française depuis 1950.

Mais l'immigration y contribue aussi évidemment.
Selon les années, entre 1/5 ou 2/5 de croissance de la population chaque année est lié à ce qu'on appelle « la migration nette » ou « le solde migratoire », c’est-à-dire l'excédent des entrants sur les sortants, l'excédent des immigrations sur les émigrations. Quand on dresse un bilan sur plusieurs générations, nous savons qu'à peu près un quart de la population vivant en France actuellement a au moins un grand-parent ou un parent né à l'étranger.

Les flux d’immigration en France sont relativement modérés par rapport aux pays voisins ; cette vérité surprend souvent. Mais cette immigration dure en revanche depuis très longtemps. La France connaît l'immigration depuis le milieu du 19e siècle. Nous sommes le premier pays d'Europe à avoir été un pays d'immigration. À la seconde moitié du 19e siècle,
l'Allemagne envoyait des quantités de migrants vers le Nouveau-Monde, l'Angleterre aussi ; c'est comme cela que l'Amérique a été peuplée. Ce n'est pas le cas de la France qui était déjà un pays d'immigration.

Mais une immigration, même si elle est relativement modérée, même si elle contribue seulement pour une part minoritaire à l'accroissement de la population, suffit à changer assez rapidement la composition de la société si le phénomène dure depuis des décennies, ce qui est le cas chez nous. Un quart de la population française a donc au moins un parent ou un grand-parent étranger. Si on ajoute une génération, c'est un tiers qui a au moins un arrière grand-parent né à l'étranger. Je reviendrai sur le cas de la France.

96% de la population mondiale n'a jamais migré

Je voudrais élargir un peu la perspective: combien de migrants dans le monde ? Eh bien, c'est une grande surprise ! Au vu des compilations faites entre les recensements de tous les pays, on arrive à peu près à 3% de la population mondiale. 3% de la population mondiale vit à l'étranger durablement, soit 191 millions sur six milliards et demi d'habitants. On peut corriger ce chiffre et dire qu'avec l'immigration clandestine non déclarée, on est plutôt proche de 4% que de 3%. Une conclusion assez surprenante s’impose dans tous les cas: c'est que 96% de la population mondiale n'a jamais migré !

La migration reste un comportement minoritaire. C'est coûteux et c'est compliqué. Il y a mille raisons de ne pas migrer: il y a d'abord le coût du transport (qui a certes beaucoup diminué), il y a le coût de l'information.
Pour migrer, il faut savoir ce qui vous attend, où trouver un emploi, où loger ; d'où l'importance des filières migratoires, les « chaînes migratoires » pour alléger un peu le coût de l'information. Pourquoi migre-t-on si peu ? Parceq ue le capital humain – ces compétences attachées aux personnes, ces compétences qui vont mourir avec vous – ne sont pas si facilement transportables d'un pays à un autre. Un enseignant qui voudrait migrer aux États-Unis doit réviser complètement toutes ses façons de faire. Paradoxalement les personnes non qualifiées ont parfois plus de facilités à se transposer d'un pays à l'autre. Il y a toutes les barrières linguistiques et culturelles, tous les attachements, bien sûr, à la famille, au pays, etc. Et puis il y a les politiques restrictives de migration. Donc il faut bien réaliser que la migration existe sur fond de non-migration.
Prenons l'exemple de la diaspora chinoise. On a fait l'addition de toutes les diasporas chinoises existantes de par le monde. On arrive à 3-4% de la population chinoise, ce qui veut dire que les Chinois ne migrent pas plus que le reste du monde. Il est vrai qu'une petite fraction de la population chinoise, c'est tout de suite beaucoup...

Nous, Français, que représentons-nous dans tout ça ?

Il est bon d'en avoir conscience et c'est même un bon exercice de modestie: n o u s sommes 63 millions sur une population mondiale de 6, 5 milliards. Nous ne représentons même pas 1% de la population mondiale.
Eh oui, le monde est peuplé d'étrangers à 99% ! Il faut quand même en tenir un peu compte. Cela dit, nous accueillons à peu près 5 millions de migrants, donc nous sommes 1% de la population mondiale et nous accueillons 2% des migrants du monde. Nous faisons partie des pays riches ayant donc plus vocation à l'immigration qu'à l'émigration.

La Suisse compte plus de migrants que la France

Un bilan que nous avons publié à l'INED et qui vient des données de l'ONU commence à être connu. Il se penche sur le sens des migrations. On parle toujours du flux qui monte du Sud vers le Nord mais vous avez beaucoup de migrations du Sud vers le Sud.
C'est un exemple qui m'a frappé récemment : la Syrie accueille actuellement un million de réfugiés en provenance d'Irak. C'est quand même considérable ! C'est l'équivalent des rapatriés chez nous. On n'en parle jamais mais énormément de flux migratoires se dirigent du Sud vers le Sud. Ce sont souvent des immigrants forcés, des immigrants de refuge, qui vont dans des pays voisins, la Syrie pour l'Irak par exemple.

Bien sûr, vous avez également un peu de migration du Nord vers le Sud, mais pas énormément et puis beaucoup aussi du Nord vers le Nord. Les Britanniques, pour ne prendre que cet exemple, migrent énormément.
Que représentent les proportions d'immigrants par rapport à la population du pays d'accueil ? Vous avez des cas extrêmes comme les Émirats Arabes Unis où 70% de la population est composée d'immigrés. C'est absolument énorme. L'Arabie Saoudite en compte 28%, ce n'est pas mal non plus. En ce qui concerne les pays européens, la Suisse a beaucoup plus de migrants que nous.

La France se situe au milieu du tableau avec 11%

si on établit une projection en 2010. L'Espagne se hisse déjà à 14%, alors qu'elle n'est devenue nation d'immigration que très récemment. Les pays germaniques sont bien au dessus. La Chine et le Japon, très peu accueillants vis-à-vis de populations extérieures, ont très peu d'immigrants.

Pourquoi les migrants quittent-ils leur pays ?

Faisons maintenant l'inverse et regardons quelle est la proportion d'immigrants du point de vue des pays du départ. En général les petites îles sont des pays d’où l’on émigre énormément. 44% de la population du Cap Vert vit à l'étranger. C'est vrai aussi des pays qui ont connu la guerre ou des pays comme l'Albanie où les taux sont très impressionnants. La France est en bas du tableau (cf p.68) avec 3% d'émigration, mais pour le Japon, les États-Unis, la Chine, c'est encore moins. Il faut avoir en tête ces données.

Pourquoi les migrants quittent-ils leur pays ? Il existe assez peu d'études sur ce sujet. Elles sont difficiles à organiser. L 'Europe a commandé deux grandes enquêtes qui essayent d'étudier les migrations à la fois du point de vue du départ et de l'arrivée.
Certains motifs sont officiellement classés: demande d'asile, travail, regroupement familial et, de plus en plus, on essaie de distinguer ce qu'on appelle parfois de façon pas encore officielle « la migration matrimoniale ». Je m’explique : dans le cas du regroupement familial,« l'appelant » – la personne qui fait venir l'autre – est un étranger déjà installé en France, il fait venir sa famille. Dans le cas de « la migration matrimoniale »,plus importante numériquement que le regroupement familial, « l'appelant » est un Français, il épouse un étranger ou une étrangère et cela déclenche une migration. On a le droit d'épouser qui on veut, bien sûr, même si on lutte contre les mariages blancs et maintenant les mariages gris. Les migrations matrimoniales légales demeurent des flux très importants.
Évidemment la raison majeure de la migration, c'est qu'on désire améliorer son sort et celui de ses enfants. Le migrant est un stratège. Le migrant a un projet. Le migrant voit loin. Autrefois, il s'agissait de projets collectifs, souvent d'un village ou d'un clan qui organisait l'immigration par rotation. De nos jours, les projets sont surtout personnels.
Fuir les guerres et les persécutions est, bien sûr, un des premiers motifs qui explique beaucoup la migration du Sud vers le Sud. Il y a les migrations économiques aussi : tous les gens qui ont acquis des compétences ou des diplômes dans leur pays d’origine et qui ne parviennent pas à les valoriser sur place. Ils ont une petite affaire, un diplôme, mais ils n'ont pas dans leur pays d'origine la stabilité pour mener à bien leur projet.

Des déclencheurs, des chocs de toutes sortes peuvent aussi forcer les gens à fuir. Un cas me fascine : celui de ces 400 000 Équatoriens partis en Espagne en quelques années.
En 1999, tout d'un coup, le système bancaire équatorien a éclaté. Toute une classe moyenne a perdu ses économies. Le taux de chômage a explosé. Comme les Équatoriens avaient le droit de migrer en Espagne sans visa, ils y sont allés. De la même façon l'Albanie, après la chute du communisme, s'est déversée d'un côté vers la Grèce, de l'autre vers l'Italie en très peu de temps.
Et puis il existe aussi, dans certaines sociétés africaines, des traditions migratoires à caractère « initiatique » : un jeune doit migrer pour devenir pleinement adulte. Enfin, il y a des reliquats de l'époque coloniale. On l'oublie parfois, si certains migrants viennent chez nous, c'est que nous sommes d'abord allés chez eux !

La France n'est pas le premier pays d'accueil européen

Je voudrais vous expliquer ce que représentent les migrations en France par rapport à notre croissance démographique. Prenons le « solde naturel », c’est-à-dire l'excédent des naissances sur les décès depuis 1900 jusqu'à nos jours, d'un recensement à un autre. Nous avons connu deux phases négatives : les deux guerres de 14 et de 39. Entre les deux guerres, le dynamisme démographique a été faible. Après la guerre, ce fut le baby-boom qui a duré trente ans. Voilà comment la population de la France s'est accrue par le jeu des naissances et des décès. Prenons ensuite le jeu des migrations et son rôle sur l’augmentation de la population. Après la première guerre mondiale, nous avons connu une importante vague d'immigration pour la reconstruction, pareillement après la seconde guerre mondiale, puis, dans les années 70, l’interruption de la migration de travail, qui continue mais dans une moindre mesure. Si on observe les cinquante dernières années, on constate que la France a accueilli énormément de migrants dans les années 50-60. Depuis, cela a diminué mais cela continue. Pour autant, malgré toutes les controverses, nous n'avons pas du tout retrouvé le volume des flux des années 50-60.

Si on considère le cas de l'Allemagne, on voit que les histoires sont complètement différentes. Son solde naturel montre plus de décès que de naissances. Dans les années 90, le grand pays d'immigration dans toute l'Europe a été l'Allemagne ; c'est elle qui a Accueilli les réfugiés des Balkans, elle qui a accueilli les Russes d'origine allemande et puis les Turcs, évidemment, qui sont maintenant une composante très importante de sa population.
Pour le Royaume - Uni, on constate une grande différence avec la France : très peu de migrations dans les années 50-60. Il y a proportionnellement beaucoup plus de secondes générations en France qu'en Grande-Bretagne. En Suède, l'immigration est très importante, mais c’est essentiellement une immigration d'accueil de réfugiés.

Quelques mots sur l'Espagne : ce pays avait un énorme excédent naturel avant de connaître une chute formidable de sa fécondité. L e solde de migrants était négatif : ce sont les Espagnols qui migraient, notamment en France. Cette migration s'interrompt en 1974. L'Espagne entre dans le marché commun en 1986. À ce moment, son développement commence et l’Espagne devient pays d’accueil. Elle est dans les années 2000 le premier grand pays d'accueil des migrants en Europe. Avec celui de l’Irlande, son solde migratoire est sans précédent dans toute l'histoire européenne depuis que nous faisons ces statistiques. Pendant toutes ces dernières années, un Marocain qui voulait émigrer choisissait plutôt l’Espagne que la France. Pour l'Italie, c'est un peu la même histoire, aussi spectaculaire même si les chiffres sont moindres.
Le Portugal a été un pays d'émigration pendant tout le début de la seconde partie du XXe siècle et ensuite, puis il a accueilli des réfugiés d'Angola, du Mozambique... Toutes ces histoires sont tellement différentes que la moyenne européenne ne veut donc pas dire grand chose.
La Russie, quant à elle, confrontée à un excédent de décès sur les naissances, connaît une période absolument dramatique.

Un dernier mot sur les États-Unis qui connaissent finalement une grande stabilité. Dans les années 50, les États-Unis accueillaient proportionnellement beaucoup moins de migrants que nous. John Kennedy a écrit un livre qui s'appelle A nation of immigrants quand il était sénateur et candidat à la présidence.
Dans ce livre, il dit : nous ne sommes plus une nation d'immigrants, nous devrions supprimer les quotas d'immigration qui existent depuis les années 20. Ils furent finalement supprimés par Johnson en 1965. Qu'est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire que les anciens outsiders, devenus insiders, sont très vite tentés de refermer le portillon derrière eux.
C'est un peu ce qui se passe aussi en France. Il existe une tentation très forte chez les migrants de refermer la porte derrière eux vis-à-vis des nouveaux arrivants.

Le modèle français d’« infusion durable »

Notre modèle français, et je termine là-dessus, n'est pas un modèle d'intrusion massive, c’est plutôt celui d'une infusion durable. La plupart de nos voisins doivent l'essentiel de leur croissance démographique à l'immigration. L'Allemagne perdrait de la population si elle n'avait pas de migrants car elle a plus de décès que de naissances. L'Espagne perdrait de la population ; la Grande-Bretagne n'aurait quasiment pas de gain sans immigration. La France n’est pas dans ce cas-là : les 3/4 ou les 4/5 de l’accroissement de notre population se font en interne. Mais nous avons une tradition d'accueil de très très longue date qui repose notamment sur le regroupement familial. Eh oui, les hommes et les femmes préfèrent vivre ensemble, les parents préfèrent vivre avec leurs enfants! Le droit international consacre ces évidences.

En tant que démographe, je ne pense pas que le rôle de l'immigration soit de boucher les creux de notre pyramide des âges. Je considère qu'une bonne partie de l'immigration existe de plein droit et je crois qu'une association comme la vôtre tient compte de cette vérité première.

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